D. 24 Le soleil se couche derrière

J’ai raté le lever du soleil, ce matin. Ou plutôt, je l’ai devancé. J’étais réveillée de trois à plus de cinq heures du matin, obligée d’aller me réapprovisionner en eau potable à la fontaine. Trop tôt. Je me suis rendormie pour un nouveau cycle de trois heures, et je n’ai pas voulu me faire violence pour prendre part à la première plongée. Mon corps avait déjà subi suffisamment de violence ces derniers jours, entre les interminables trajets en wood-truck, en voiture, et ce périple en ferry qui m’a coûté les tripes.

J’ai émergé vers neuf heures, les plongeurs étaient déjà partis. Je me suis commandé un thé et des pancakes à la banane au petit-déjeuner, pas du tout végane, mais j’avais besoin du sucre, vraiment (et je voulais vérifier que je n’avais pas une gastro, DES FOIS QUE le mal de mer serait un mythe. Rien de tel que des produits laitiers pour me retourner l’estomac s’il est déjà en proie à une infection. Mais non, c’était bien le mal de mer. Goddamnit.)

J’ai passé toute la journée au même endroit : face à la mer, sur les coussins de la terrasse, les orteils en éventail. J’ai lu, écrit, relu, fait un tour sur madmoiZelle (pleuré de rire devant la lettre d’adieu de Jean-Monique), et fait un tour sur la plage, au coucher du soleil, enveloppé dans mon sarong (meilleur vêtement EVER) (les dames du bar m’ont demandé d’où il venait, elles ont reconnu les broderies typiques de Florès.)

Le soleil se couche derrière le bar, quelques part dans les terres. Enfin, on est orienté pas tout à fait plein sud, mais un peu vers l’est, je crois. Si le soleil se couche derrière, c’est qu’il se lèvera devant, demain matin.

Il se lèvera sur mes cinq prochaines semaines, les trente-cinq prochains jours, jusqu’au samedi 3 septembre, date de mon vol au départ de Makassar, pour Denpasar (Bali). C’est un autre voyage qui commence aujourd’hui. Fini les déménagements, les heures de routes, les recherches d’hôtel… Je reste ici.

Demain, je donne mes fringues à laver, et je rêve déjà du parfum de lessive sur mes quelques vêtements, dont je ne supporte plus l’odeur ni la texture. En vrai, c’est pas si terrible, ils ne puent pas, je les lave régulièrement à la main… Mais ils ont l’odeur âcre de l’eau dure, et le toucher rêche des tissus dont on ne prend pas soin.

Un petit luxe pour 25 000 roupies (même pas 2€), je m’en réjouis déjà.

Bira Dive Camp est encore mieux que ce que j’avais espéré. Il n’y a rien, c’est le désert, on est posé au bord de la plage et c’est tout. Je vais devoir aller en ville pour retirer 2 millions et me réapprovisionner en 3G pendant mon séjour, mais à part ça, il ne me manque rien.

J’ai du mal à réaliser que je vais rester « sur place » pendant aussi longtemps. Et en même temps, j’ai passé six heures à écrire tellement de trucs aujourd’hui que je pense que mon cerveau a compris qu’il pouvait se relâcher, arrêter de prévoir, et se mettre en mode inspiration roue libre.

Non vraiment, si on exclue la cohabitation avec les nombreux, énormes et flippants insectes qui vont partager mon quotidien pour les cinq prochaines semaines… Il ne me manque rien.

Et j’ai hâte que le soleil se lève, demain.

D. 23 Sea sickness is a real thing (and curse this shit)

I just spent twenty-eight hours on that goddamn ferry, the better part of it contorted with stomach pain. I flat out refused to believe that I was being sea sick, on the account that I don’t believe in sea sickness, to start with. Even if such an affliction did, in fact, exist, it could not affect someone who had already spent over seven days at sea, in much worse conditions than these, for instance.

For one, I was lying down the whole time, under proper ventilation, and with a view to the outside, not canned up somewhere below deck. And the size of the ship was so that I could barely feel the movement of the wave underneath.

So there was really no way I could be subjected to « sea sickness », and again: I’d sooner believe in ghosts than in the existence of a stomach disease, caused by the simple fact of being aboard a boat. I do believe that my own mind could cause my body to feel sick, but that can happen in various situations. What the mind does, the mind can undo. If I don’t allow myself to entertain the reality of sea sickness, then my body cannot be afflicted by it, can it?

But there I was, unable to move from my position, bed-ridden by my stomach, threatening to relinquish its content without warning at any sudden move on my behalf.

Well, I must be having my period, then. For sure. Intense nausea has been a symptom before, especially on an empty stomach. I should eat something, drink more, and place my mooncup as a preventive measure.

Eating made it worse. Oh well, then I must have given myself food poisoning, by eating these awful crackers. After all, they do contain some milk products, that must be the reason why I can’t seem to be able to digest them. Even though I had eaten those last week, to no side effects. Fuck this. I need more water.

Well, I’ve been drinking over 1,5 L of water over the last 20 hours, with no feeling of thirst, and no need to go to the bathroom… Something if definitely wrong with me. My body isn’t processing anything at the moment.

Why isn’t my digestive system functioning properly? WHAT THE FUCK, BODY?

By the time we reached Bira, (Saturday, around 6pm, having left Friday at 3pm), I was seriously considering jumping ship. Then again, the full blast karaoke session that had been going on for the past SIX FUCKING HOURS made for a greater incentive than this pretend-sea sickness I still don’t really believe in.

I waited for my ride a few steps away from the ferry docks, praying it would be a car, not a bike of any kind. The ground was moving all around me, and I ended up sitting down on the warm stone, increasingly aware of my stomach, which content had not been released in over twenty-eight hours.

My ride came. Of course it was a motorbike. Of course there was no helmet. The driver took my backpack in front of him, and I remembered just enough indonesian to ask « pran-pran »: slowly please. It was only about ten minutes but it felt agonisingly longer, although at this point, I had no resistance left. I think my body went to survival mode, and I wasn’t as fear-ridden as I would have been, riding by night on the back of a motorcycle, clinging to some guy’s shoulders for dear life.

When we passed the gates of « Bira Dive Camp », I let out a sigh of relief. I was trembling when I got off of the bike, thanking my driver for his skills. He took me to meet the staff, then to my dorm, and let me get settled in.

But he was gone for about a minute when my stomach decided that it was time to let it all out. Ha, so here’s the water I’ve been drinking, but that my body hasn’t been getting.

I went down to the terrace only to bade everyone good night and fill up my water bottle, which I drained once for good measure. I was dehydrated for sure, and it was pointless to eat in these conditions.

As I lay flat on my mattress, I could here the soft rustling sound of the waves, less than fifty meters below. The noise alone was giving me a funny feeling inside. I drained another bottle of water during the night, and thought I’d best pass on the invitation to join in for the next morning’s first dive. Diving while dehydrated isn’t exactly the best idea.

So, I guess, that these past two days have taught me this: sea sickness is real. I am prone to sea sickness. I need to find a way to get past this. I will then get as much information as I can find about this illness, why it happens, how to get rid of it. There has to be a way. I like the sea too much to let it keep me at bay, on the ground that my stomach can’t — well, can’t « stomach » it.

I am the boss here. And I say that since I cannot ignore the problem anymore, I’ll solve it. Period.

— Saturday, July 30th

D. 22 Un défi en suspens

J’écris depuis la terre ferme, donc on n’est pas vraiment vendredi 29 juillet, mais dimanche 31 juillet. C’est un #CheatDay comme je les appelle, des pages de journal écrites a posteriori. Mais je les écris quand même, parce que je me remémore clairement le moment de la journée où je me suis dit « ok, c’est de ça dont j’ai envie de parler aujourd’hui », c’est cette idée ou cet instant que je veux cristalliser, développer à l’écrit. Et comme vendredi, j’étais clouée à l’horizontal sur un ferry (voir le post suivant… hem hem…) j’ai pas pu écrire tout ça sur le moment. Mais en vingt-huit heures, j’ai eu le temps d’y réfléchir.

Je sais pourquoi j’écris presqu’un jour sur deux en anglais. Ça dépend du moment où me vient l’inspiration, je pense, et quand je suis entourée de gens, je parle (donc je pense) en anglais. Forcément, les mots me viennent en anglais. Mais ça m’arrive aussi quand je me parle à moi-même, parce que je lis en anglais.

Et mon livre de voyage, celui qui me permet de tuer le temps quand je suis clouée sur un ferry pendant vingt-huit heures, c’est Outlander. J’avais commencé à regarder la série, et je me suis téléchargé tous les bouquins sur Kindle. J’aime les séries à lire, déjà parce que j’ai en tête d’en écrire une, donc je trouve ça hyper instructif sur le rythme de narration, la diversité des personnages et des actions, mais aussi parce que je lis vite (et que je saute pas mal de descriptions) donc j’ai pas vraiment le temps de m’attacher aux personnages sur un seul roman.

Pendant le trajet, j’ai fini la partie que je connaissais déjà, pour avoir vue les saisons 1 et 2 (presque finie !) de la série sur Netflix. J’adore le moment où j’arrive dans l’inconnu, déjà parce que ça me force à ralentir, et c’est comme un supplice : il y a plus de suspense, et je dois lire moins vite. C’est totalement contre intuitif. En plus, sur Kindle, je peux pas fouiner dans les pages comme j’aime le faire avec les livres papier. Je peux aller voir les titres des chapitres, et glaner quelques infos ça et là, mais c’est vraiment difficile de sauter d’une page à l’autre. Je suis obligée de suivre le fil, et je ne vois pas les pages diminuer à droite, à mesure que je les tourne d’un clic.

Kindle est à la fois la pire et la meilleure invention du monde, pour moi. Ça me permet d’avoir plusieurs livres commencés en même temps, et de zapper entre les moments de la journée, tout ça sans avoir à porter le poids des bouquins. Or c’est toujours en voyage que j’ai l’envie (et le temps !) de lire, donc si c’est pas sur Kindle, je ne lis pas entier. Et surtout, si c’est pas sur Kindle, je peux commencer par la fin, indisciplinée et terroriste de la lecture que je suis. Ça m’oblige à suivre le rythme, et si je saute des parties, je suis obligée de tourner page par page.

Je lisais Outlander, donc, mais j’avais un oeil sur la structure. C’est assez proche de ce que j’ai en tête, même si j’aimerais vraiment éviter qu’un seul personnage prenne le dessus de la narration, comme Claire. Pour le coup, je préfère le « zapping » à la Game of Thrones, même si j’ai pas encore trouvé de façon plus élégante de faire passer la main, que de brutalement intituler le chapitre du nom du protagoniste. Et j’ai détesté aussi le « roulement » des Dan Brown, où la narration passe d’un lieu à l’autre, presque mécaniquement, à tel point que ça en devient vraiment chiant.

Pour mon premier tome, le problème ne se pose pas trop. Mes trois protagonistes restent ensemble la plupart du temps, et j’ai besoin que le lecteur suive leur processus d’intégration et de découverte. Mais par la suite, je veux développer l’histoire plus largement, et je n’ai pas encore trouvé de technique qui me permette de le faire sans les redondances propres aux séries.

À lire tous les romans de Diana Gabaldon à la suite, je note ses répétitions, au début de chaque nouvel opus : rappeler qui sont les personnages, leurs relations, amener à nouveau les faits marquants de leurs histoires personnelles… C’est redondant pour qui s’enquille plusieurs volumes à la suite, mais c’est nécessaire pour le lecteur qui attendra plusieurs mois avant la parution du prochain roman.

J’aime bien le personnage de Claire. Trop maternante à mon goût, mais je crois bien que c’est le premier personnage féminin que je ne trouve pas « trop féminin ». Elle est féministe même pour son époque, alors au XVIIIème siècle, c’est un OVNI. Elle est intelligente et diplomate, loyale et bornée, elle réfléchit avant d’agir, elle est complexe et juste. C’est un « vrai » personnage.

Je crois que si j’arrive à raconter l’histoire de femmes aussi intéressantes que Claire dans Outlander, j’aurais pas perdu le temps investi à écrire tout ça.

J’ai lu Harry Potter en me disant : wow, c’est tellement bien écrit (en anglais). J’ai lu Hunger Games en me disant : hum, je peux faire mieux que ça. Twilight m’est tombé des mains avant la moitié du premier bouquin en me disant : je peux VRAIMENT faire mieux que ça.

Les extraits seuls de Fifty Shades of Grey m’ont fait soupirer : quand est-ce que je m’y mets ?

Outlander me fait dire : ok, y a du level. Je suis capable de matcher ça. Diana Gabaldon l’a écrit comme « practice novel ». Elle faisait un « test » pour écrire un roman historique. C’était pour s’amuser. C’est un peu la même chose, pour moi : j’ai commencé par défi envers moi-même, pour voir si j’étais capable de cracher sur le papier une de ces folles histoires que j’aime me raconter pour m’endormir, le soir.

Et puis, j’y ai mis mes angoisses et mes espoirs, tous les dilemmes qui me tourmentent, ces leçons que j’aimerais qu’on apprenne, ces tiraillements et ces débats qui animent les soirées, les repas, et qui me font questionner mon existence, encore, même lorsque le sujet de conversation change.

C’est parti comme un défi d’un mois, et maintenant, c’est un projet qui me fait peur, parce qu’il est presque fini, ou plutôt, il attend que je le finisse. Que je prenne mon courage à deux mains et mes exigences, que je termine les derniers chapitres écrits à la va-vite, pour me prouver que je pouvais poser un point final. Mais il faut désormais repasser sur le texte, partout, encore une fois, parce que les mailles du récit sont trop lâches par endroit.

J’aurais pu passer mon Dive Master n’importe où ailleurs. J’aurais pu d’ailleurs ne pas m’arrêter cinq semaines au même endroit, un camp posé sur une plage, sur une côte peu habitée du sud de Sulawesi. Mais c’est un test, pour moi. J’ai de quoi m’occuper pour ces cinq semaines, pensez-vous. Je vais suivre une formation de Dive Master. Sauf que la nuit tombe à dix-huit heures, et que je ne vais pas me coucher à sept heures tous les soirs. Qu’il n’y a RIEN ici, pas une télé, pas de wifi, pas d’autres activités…

Juste moi, une plage paradisiaque, des banquettes confortables qui lui font face… Et ce défi, qui m’attend depuis presque deux ans. J’ai commencé à écrire l’intrigue en août 2014. À la veille d’août 2016, je me pose la question, à moi-même : tu vas continuer longtemps à lire les séries des autres, avec cette certitude arrogante que « tu peux mieux faire », ou est-ce que tu vas te le prouver, une bonne fois pour toutes ?

Il ne reste que quelques milliers de mots, de ces descriptions pourtant nécessaires qui te font tant suer… Et la volonté de repasser sur ces textes déjà travaillés plusieurs fois…

J’aimerais repartir de Bira avec mon Dive Master, ce serait un super accomplissement, c’est sûr. Mais si je pouvais en repartir avec mon premier manuscrit, prêt à démarcher des éditeurs, ce serait un vrai défi relevé. Et la suite, qui me brûle les doigts, et qui n’attend que mon temps et ma volonté pour glisser sur le clavier…

— Vendredi, 29 juillet

D. 21 Pause

Je l’ai sentie. La fatigue. C’est bon, j’ai compris comment mon corps communique. Puisque j’ignore systématiquement les signes physiques, c’est par les émotions qu’il m’intime de ralentir.

J’ai eu mon verdict, ce matin : un rapide examen des deux oreilles a permis au médecin de me déclarer apte à plonger, à condition de faire attention à la descente (but of course baby). Il était à peine dix heures, j’avais la journée devant moi, et… rien envie de faire.

Le soulagement a laissé place à… rien. J’avais booké deux heures de traitement dans un spa à 14h (massage traditionnel javanais d’une heure + body scrub d’une heure, pour la modique somme de 16€ environ. Bon prince, j’ai laissé 4€ de pourboire. Allez, 20€ les deux heures, c’est pour moi).

J’ai passé la journée à lire, à boire, à manger, me faire masser, lire, boire et manger encore un peu plus. Il est 21h, je suis claquée de n’avoir rien foutu… Mais quand je repense aux cinq derniers jours, je réalise que c’était ça, la première sommation : viens, on souffle un peu, aujourd’hui.

J’aurais pu écrire, mais j’avais pas envie. J’aurais pu aller me balader, mais il faisait trop chaud, j’avais pas envie. Le bureau des ferries était fermé ce matin, on m’a dit que de toute façon, j’achèterai mon billet demain, le bateau part à 13h ou 14h (ouais je vais viser midi hein, just in case…)

D’habitude ça m’énerve, d’être dans cet état semi-amorphe, j’ai l’impression de perdre ma journée. Mais ça y est, j’ai compris. C’est pas du temps perdu. C’est un besoin de ralentir, pas forcément de s’arrêter, je suis pas malade, je suis juste : fatiguée. C’est pas grave. Ça ne me condamne pas à « une journée de perdue ».

Ça me propose une journée « au ralentit ». Comme dans « qui veut aller loin ménage sa monture. » Et aujourd’hui, la monture que j’ai traînée à travers la cambrousse florésienne les cinq derniers jours m’a dit : ce serait cool si on pouvait être lavée, nourrie et abreuvée de façon genre abondante, et si au passage on pouvait ne pas trop trop trop être secouée, ce serait tip-top-merci-bisous.

Dont acte. Slow day. Ah, j’aurais pu me reposer demain, sur le bateau, j’ai 24h de trajet, ça aurait été un stop obligatoire… Mais voilà, c’est aujourd’hui que j’étais fatiguée.

Ça me fait du bien, de réussir à écouter mon corps. J’ai la sensation qu’on est redevenu copains.

— Jeudi 28 juillet

D. 20 Retour au Paradis(e)

Ce soir, le crépuscule est rouge. Un néon orangé a remplacé l’horizon, en parfaite harmonie avec la chaleur du soir.

Je suis de retour au chaud, sur la terrasse du Paradise. Il fait toujours aussi bon, ici. Rien à voir avec la fraîcheur des soirs à Ruteng, Denge ou Bajawa, hier encore. Ici, la température ne tombe pas.

J’arrive pas à décrocher le regard de cette vue. Je me sens bien. Je me sens bien, malgré la dizaine de piqûres de moustiques parsemées sur mes mains, et qui me démangent si fort que je voudrais pouvoir m’écorcher les doigts.

Je me sens bien malgré les odeurs d’anti-moustique et de sueur chaude que je n’arrive plus à décoller de mes vêtements. Je me sens bien malgré mes courbatures aux jambes, conséquences d’un trek à jeûn et de trop nombreuses heures de transport passées les pattes cassées, dans des véhicules trop peu confortables.

Je me sens bien, même si me retrouver face à un miroir pour la première fois depuis quatre jours m’a fait un petit choc. J’ai la peau rouge, gonflée de sébum en défense contre les couches de crème solaire et d’anti-moustique que j’applique en alternance. J’ai un bouton si jaune sous la narine gauche qu’il dégueule du pus.

J’ai un mono-sourcil et une moustache, trois piqûres de moustiques sur le visage dont une enflée comme un oeuf de caille au-dessus de la moitié droite de mon sourcil. Ça va, elle est pas aussi grosse que le dôme qui gonfle sur ma main droite, ni que l’oeuf au plat qui s’étire sur ma hanche droite.

Je ne panique pas, je retourne voir mon médecin demain matin, je vais en profiter pour lui montrer mes piqûres de guerre, et qu’il m’aide à identifier l’animal qui s’est cru suffisamment en confiance pour me défigurer de la sorte. (Et j’ai pris un cachet anti-allergie dans l’après midi, histoire que l’oeuf-au-plat ne devienne pas une omelette baveuse… #BonAppétitBienSûr)

Le médecin. C’est pour ça que je suis revenue à Labuan. Magnus et les filles dorment sans doute à Moni ce soir, au pied du Kelimutu, dont ils entreprendront l’ascension à l’aube. Il faut atteindre le sommet avant 11h pour avoir une chance d’admirer les trois lacs, sinon les nuages s’accrochent aux sommets.

Tous trois prendront un bus depuis Ende pour revenir à Labuan Bajo vendredi soir… Mais moi, j’ai un ferry pour Bira vendredi midi, et il n’y en a que deux par semaine. C’est pour ça que je revois le médecin jeudi, pour qu’il me dise si je peux aller plonger ou non. Si oui, j’embarque dès le lendemain pour mon camp de formation, au sud de Sulawesi. Si non… Je ne sais pas. Je voulais prendre un vol pour Java et aller me balader dans les volcans, mais Magnus et les filles reviennent vendredi soir… Pour rallier ensuite Lombok par les terres, et pousser jusqu’à Gili T.

Ça me ferait faire une boucle, et s’il n’est question que de passer encore une semaine à terre avant de plonger, je peux tenter de passer mon Dive Master à Gili T… Ce sera ni le même prix, ni les mêmes conditions, mais ça me permettrait de rester un peu plus longtemps avec mes compagnons de voyage…

En trois jours seulement en compagnie de Ticka et Tata, mes progrès en indonésien sont manifestes. Je comprends beaucoup de conversations, même s’il n’est toujours pas question de réussir à faire des phrases complètes moi-même. J’ai la flemme, aussi, de me forcer à retenir du vocabulaire et à me faire expliquer les mem- per- be- et les -nya qui composent les mots employés dans une phrase.

Bref. Aujourd’hui, contrairement à il y a six jours, je ne suis plus de tout anxieuse avant le verdict du médecin. Je ne sais honnêtement pas si mon oreille est remise ou non, j’ai l’impression qu’elles sont tellement pleine de cérumen toutes les deux que j’ai pas vraiment de sensation autre que : je sens rien d’anormal.

Mais je sais désormais que ce n’est pas un « plan B » qui m’attend si je ne peux pas plonger. C’est une aventure, et si je m’emploie à dépenser les cinq prochaines semaines comme je viens de passer les cinq derniers jours, je n’ai aucune angoisse, aucun regret, aucune inquiétude.

Ce soir, l’excitation des jours précédents est un peu retombée, et je dîne seule, à la terrasse d’un restaurant italo-indonésien.

Je suis sereine. (Malgré la demi-douzaine de geckos qui se baladent au-dessus de ma tête en ce moment même, ainsi que les insectes volants dont j’essaie vraiment d’ignorer la présence).

D. 19 Days borrowed away from eternity

I wish I could waste a lifetime of getting carried away to an unknown destination. We were off schedule by a day, and I was most likely going east only to fly back to my starting point. There was nothing more I could see before returning to Labuan Bajo, yet I continued on, just for the sake of moving forward, in great company.

I still have etched on my face the glorious smile of our early morning ride from Denge, back to Ruteng. I had felt a world away from where I had started, as if I had switched to a completely different trip.

So today, we didn’t do anything. We got off a car shooting too fast through the road, in the hand of a careless, dangerous driver. We settled in a medium hotel, and chilled around our cheap, bare rooms, for a highly needed nap. Rian continued on to Ende, but the girls, Magnus and I stopped in Bajawa for the evening.

We took care of our future travelling arrangements, and set out to find a restaurant for dinner, which turned out to prove quite a challenge, since nothing vegetarian seemed to be on the menu in each wahrung we tried.

This day got me thinking about time and value. I had been thinking about the relations between price, cost and value, but time is also valuable, yet highly difficult to praise. What’s the value of a minute? I’ve got plenty on my hands, on a daily basis. But if I’m short one after my boarding time, here goes the price of a plane ticket.

My time in indonesian is very precious. It’s not like I can come back any day, I would need time and money, and I’ve got neither of those things in unlimited quantity. But what would be the point of running to the next sight, rushing to check out boxes on the must-see tour of Florès?

There was plenty to see around Bajawa, but I was in no mood to do anything. Just chilling with my new friends was more than enough to make this day memorable.

This is what I love most about travelling. It’s not the places you go to, or the things you see, it’s the people you meet, the experiences you have, and how it makes you feel.

I never thought myself capable of living out of backpack for more than five days, yet this is already the 19th of my trip. I never thought myself capable to go without hot water, modern showers, or even familiar foods.

I was the kind of person who needed to know beforehand the complete route and schedule of a bus before deciding on a mean of transportation. Was. I like how a slow day like this one makes me realise how much I’ve already changed, so early on in this trip.

Because it is still quite early in this trip. I’m barely getting started.

— Tuesday, July 26th

D. 18 A day to remember

We stole away a day to a dimension we don’t belong to. When the sun rose over Wae Rebo, I didn’t move, too tired to lift myself up the dry leaves mattresses we had been provided for the night. But when breakfast was brought to the center of the hut, I could no longer ignore the call to rise.

Fried rice, corn crisps and some herb omelette I didn’t try had been served, along with another round of the local, incredibly good coffee. I found out over breakfast that I had been drinking water from the mountain the night before (I was too thirsty and in too dire need of water to inquire as to its origin), and since I didn’t get sick, I was no longer afraid to take generous gulps of clear water this morning, and re-filling my empty bottle.

We left the village around 9am, making our way down to Denge, back to our host. The man Tata, Ticka and Rian had heard about is offering us the hospitality of his family’s home for the day, and the night. We will leave at about 2am, when the public transport is supposed to depart for Ruteng. Translated into indonesian time, that may be any hour from 2 to 4, I guess.

But I wouldn’t trade my place for anything in the world. We spent the day with the family, and my only regret is to not be able to speak more indonesian to talk to them. Tata and Ticka do their best to include us in the conversation, but translating is wearisome.

We arrived from our trek at about half past eleven, and were welcomed with hot tea, that we drank on a straw sheet deployed specially for us in front of the house. We shared salt crackers, and while Magnus played cards with the girls, I went to wash away the sweat from the morning’s efforts.

I thought I’d miss hot water at some point, but definitely not today. The cool temperature struck my skin in blissful delight. When I joined my friends outside again, ready to begin this entry, they were surrounded by school children, apparently fascinated by the tall white man playing cards with the girls.

We shared lunch at our host’s table, rice & corn served with bitter vegetables and smoked fish. It was intimidating to be a guest in the household, and again, so frustrating not to be able to express my gratitude as much as I would have liked to.

Another coffee had us linger around the table, while the boys exchanged cigarettes. We ended up talking about tax rates and public education in France, Denmark and Indonesia, until I felt too drowsy to keep up with the constant language switch.

I was offered a bed in the main hut, and felt asleep almost instantaneously. When I woke again, the afternoon had ran away, and the family was starting to gather around, children taking interest in my writing, Magnus, the girls and the boys getting out the cards again.

Night fell and we moved to supper, but by now, my silence was starting to feel somewhat lighter. We are no longer strangers, imposing our presence in an unfamiliar place. We are guests, welcomed in this household for the evening.

This is not an experience you can order through a travel agency. This is the beauty and the wealth brought by random encounters, when strangers meet and share enough between them that they become friends.

I can’t wipe the smile off my face, and I will cherish the warmth growing inside my heart, that has chased away the awkwardness of the first hours.

I thought this day would be wasted away: we would be stuck in Denge, waiting for a ride out of there. But we ended up stealing away a priceless experience, in the heart of Flores.

This quote from St Exupéry, Le Petit Prince, comes to mind: « the essential is invisible to the eyes ». For sure. Even though I certainly got an eyeful, and the images of last night will be carved into my memory, no picture could even begin to sum up the feel of that day. After dinner, we all gathered in the main hut again, and the men got out their instruments to sing traditional songs.

I was on the verge of tears, so moved by the atmosphere of pure warmth, and sharing. We were all draped in sarongs (my new favorite piece of clothing, the best thing EVER), until it was time for bed.

For us, the night would be short. We had a 1:30am wake up call, to be ready for the ride back to Denge — whenever the ride might be ready. We ended up spending nearly 2 hours watching music video on some indonesian music channel, in the main corridor, sitting on the floor and drinking coffee.

At 3:30, we boarded the « trucksport », and bade our good byes. I will never forget this day. And as the truck began its bumpy descend through the jungle, it was blasting a very appropriate song, about making the moment last.

Nothing could wipe the smile off my face at this point. As we were dashing through the damp night in the jungle, I could hardly believe my own happiness. These moments aren’t even dream material, they’re token of eternity stolen from paradise.

Dawn crept on us, and lit up the rice fields as we reached the heights approaching Ruteng. Hardly the end of the road, though.

As I let the cold morning wind chill the skin of my face, I reminded myself of this thought, that I had confided in Magnus this morning, drunk from tiredness: I think this fucking ear infection is the best thing that has happened to me so far, in this trip.

Had I not been grounded for seven days, I would have been off diving around Komodo, having a fantastic time, for sure. But this day? That was a jewel, every minute of it. And I will cherish these memories like the priceless diamonds they are.

— Monday, July 25th