D. 11 L’île aux chauve-souris

J’avais jamais vu autant de chauve-souris de ma vie, surtout pas d’aussi grosses ! On aurait dit des poulets volants.

On était là, posé•es sur le pont supérieur du Lambo, à admirer le coucher du soleil — encore un, quelque peu étouffé par les nuages moutonnants, au-dessus des monts coniques de Komodo. Devant nous, au premier plan, un îlot marécageux recouvert de jungle émet des couinements inquiétants.

Dès les derniers rayons absorbés par la terre, au moment où le ciel laisse déteindre ses derniers éclats de roses en bleu, elles ont commencé à sortir de la jungle, en une nuée lente et gracieuse. Elles passaient au-dessus de nous, à quelques mètres de nos têtes — elles étaient énormes !

Le spectacle a duré une quinzaine de minutes, et je ne saurais le décrire. J’ai commencé par m’exclamer toutes les trente secondes, pour finir le souffle coupé. Les chauve-souris de Komodo partent chasser, elles reviendront se coucher dans ces marécages feuillus avant l’aube.

Ce soir, les nuages ont étouffé la lune, presque pleine, qui m’éblouissait il y a quelques minutes encore.

Ce matin, lorsque j’ai ouvert les yeux, j’ai été surprise de me trouver là, sur le pont intermédiaire d’un navire en bois, qui grince doucement à chaque mouvement d’eau sous sa coque. Un vent déjà chaud me chatouillait les orteils, tout doucement. Suffisamment doux pour avoir laissé les paravents rangés avant de nous coucher. Alors ce matin, rien n’obstruait la vue, au réveil.

La lagune où nous avions mouillé pour la nuit prenait progressivement sa couleur insolente, et à l’horizon, le vert saisissant des collines volcaniques de l’archipel de Komodo contrastait avec le ciel bleu tissé de soie blanche.

J’avais toujours mal à l’oreille, mais ce matin, j’ai éclaté de rire. Bordel. Je crois que c’est le réveil le plus incroyable de ma vie.

J’ai occupé une partie de ma journée à lire le Lonely Planet sur Java, où se trouvent plusieurs volcans qui me font clairement de l’oeil. Si ma prochaine visite chez un médecin se conclut par une interdiction de plonger (ou qu’on me le déconseille) pendant plusieurs semaines, je change de plans. Je largue les palmes et le shorty, et je prends un avion pour Jakarta.

De là, je vais tenter de vivre quelques jours chez l’habitant (un programme d’échange culturel sympathique trouvé dans le guide), et je consacre le mois prochain à faire la tournée des volcans.

On a connu pire plan B.
🙂

— Lundi 18 juillet

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