D. 20 Retour au Paradis(e)

Ce soir, le crépuscule est rouge. Un néon orangé a remplacé l’horizon, en parfaite harmonie avec la chaleur du soir.

Je suis de retour au chaud, sur la terrasse du Paradise. Il fait toujours aussi bon, ici. Rien à voir avec la fraîcheur des soirs à Ruteng, Denge ou Bajawa, hier encore. Ici, la température ne tombe pas.

J’arrive pas à décrocher le regard de cette vue. Je me sens bien. Je me sens bien, malgré la dizaine de piqûres de moustiques parsemées sur mes mains, et qui me démangent si fort que je voudrais pouvoir m’écorcher les doigts.

Je me sens bien malgré les odeurs d’anti-moustique et de sueur chaude que je n’arrive plus à décoller de mes vêtements. Je me sens bien malgré mes courbatures aux jambes, conséquences d’un trek à jeûn et de trop nombreuses heures de transport passées les pattes cassées, dans des véhicules trop peu confortables.

Je me sens bien, même si me retrouver face à un miroir pour la première fois depuis quatre jours m’a fait un petit choc. J’ai la peau rouge, gonflée de sébum en défense contre les couches de crème solaire et d’anti-moustique que j’applique en alternance. J’ai un bouton si jaune sous la narine gauche qu’il dégueule du pus.

J’ai un mono-sourcil et une moustache, trois piqûres de moustiques sur le visage dont une enflée comme un oeuf de caille au-dessus de la moitié droite de mon sourcil. Ça va, elle est pas aussi grosse que le dôme qui gonfle sur ma main droite, ni que l’oeuf au plat qui s’étire sur ma hanche droite.

Je ne panique pas, je retourne voir mon médecin demain matin, je vais en profiter pour lui montrer mes piqûres de guerre, et qu’il m’aide à identifier l’animal qui s’est cru suffisamment en confiance pour me défigurer de la sorte. (Et j’ai pris un cachet anti-allergie dans l’après midi, histoire que l’oeuf-au-plat ne devienne pas une omelette baveuse… #BonAppétitBienSûr)

Le médecin. C’est pour ça que je suis revenue à Labuan. Magnus et les filles dorment sans doute à Moni ce soir, au pied du Kelimutu, dont ils entreprendront l’ascension à l’aube. Il faut atteindre le sommet avant 11h pour avoir une chance d’admirer les trois lacs, sinon les nuages s’accrochent aux sommets.

Tous trois prendront un bus depuis Ende pour revenir à Labuan Bajo vendredi soir… Mais moi, j’ai un ferry pour Bira vendredi midi, et il n’y en a que deux par semaine. C’est pour ça que je revois le médecin jeudi, pour qu’il me dise si je peux aller plonger ou non. Si oui, j’embarque dès le lendemain pour mon camp de formation, au sud de Sulawesi. Si non… Je ne sais pas. Je voulais prendre un vol pour Java et aller me balader dans les volcans, mais Magnus et les filles reviennent vendredi soir… Pour rallier ensuite Lombok par les terres, et pousser jusqu’à Gili T.

Ça me ferait faire une boucle, et s’il n’est question que de passer encore une semaine à terre avant de plonger, je peux tenter de passer mon Dive Master à Gili T… Ce sera ni le même prix, ni les mêmes conditions, mais ça me permettrait de rester un peu plus longtemps avec mes compagnons de voyage…

En trois jours seulement en compagnie de Ticka et Tata, mes progrès en indonésien sont manifestes. Je comprends beaucoup de conversations, même s’il n’est toujours pas question de réussir à faire des phrases complètes moi-même. J’ai la flemme, aussi, de me forcer à retenir du vocabulaire et à me faire expliquer les mem- per- be- et les -nya qui composent les mots employés dans une phrase.

Bref. Aujourd’hui, contrairement à il y a six jours, je ne suis plus de tout anxieuse avant le verdict du médecin. Je ne sais honnêtement pas si mon oreille est remise ou non, j’ai l’impression qu’elles sont tellement pleine de cérumen toutes les deux que j’ai pas vraiment de sensation autre que : je sens rien d’anormal.

Mais je sais désormais que ce n’est pas un « plan B » qui m’attend si je ne peux pas plonger. C’est une aventure, et si je m’emploie à dépenser les cinq prochaines semaines comme je viens de passer les cinq derniers jours, je n’ai aucune angoisse, aucun regret, aucune inquiétude.

Ce soir, l’excitation des jours précédents est un peu retombée, et je dîne seule, à la terrasse d’un restaurant italo-indonésien.

Je suis sereine. (Malgré la demi-douzaine de geckos qui se baladent au-dessus de ma tête en ce moment même, ainsi que les insectes volants dont j’essaie vraiment d’ignorer la présence).

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