D. 22 Un défi en suspens

J’écris depuis la terre ferme, donc on n’est pas vraiment vendredi 29 juillet, mais dimanche 31 juillet. C’est un #CheatDay comme je les appelle, des pages de journal écrites a posteriori. Mais je les écris quand même, parce que je me remémore clairement le moment de la journée où je me suis dit « ok, c’est de ça dont j’ai envie de parler aujourd’hui », c’est cette idée ou cet instant que je veux cristalliser, développer à l’écrit. Et comme vendredi, j’étais clouée à l’horizontal sur un ferry (voir le post suivant… hem hem…) j’ai pas pu écrire tout ça sur le moment. Mais en vingt-huit heures, j’ai eu le temps d’y réfléchir.

Je sais pourquoi j’écris presqu’un jour sur deux en anglais. Ça dépend du moment où me vient l’inspiration, je pense, et quand je suis entourée de gens, je parle (donc je pense) en anglais. Forcément, les mots me viennent en anglais. Mais ça m’arrive aussi quand je me parle à moi-même, parce que je lis en anglais.

Et mon livre de voyage, celui qui me permet de tuer le temps quand je suis clouée sur un ferry pendant vingt-huit heures, c’est Outlander. J’avais commencé à regarder la série, et je me suis téléchargé tous les bouquins sur Kindle. J’aime les séries à lire, déjà parce que j’ai en tête d’en écrire une, donc je trouve ça hyper instructif sur le rythme de narration, la diversité des personnages et des actions, mais aussi parce que je lis vite (et que je saute pas mal de descriptions) donc j’ai pas vraiment le temps de m’attacher aux personnages sur un seul roman.

Pendant le trajet, j’ai fini la partie que je connaissais déjà, pour avoir vue les saisons 1 et 2 (presque finie !) de la série sur Netflix. J’adore le moment où j’arrive dans l’inconnu, déjà parce que ça me force à ralentir, et c’est comme un supplice : il y a plus de suspense, et je dois lire moins vite. C’est totalement contre intuitif. En plus, sur Kindle, je peux pas fouiner dans les pages comme j’aime le faire avec les livres papier. Je peux aller voir les titres des chapitres, et glaner quelques infos ça et là, mais c’est vraiment difficile de sauter d’une page à l’autre. Je suis obligée de suivre le fil, et je ne vois pas les pages diminuer à droite, à mesure que je les tourne d’un clic.

Kindle est à la fois la pire et la meilleure invention du monde, pour moi. Ça me permet d’avoir plusieurs livres commencés en même temps, et de zapper entre les moments de la journée, tout ça sans avoir à porter le poids des bouquins. Or c’est toujours en voyage que j’ai l’envie (et le temps !) de lire, donc si c’est pas sur Kindle, je ne lis pas entier. Et surtout, si c’est pas sur Kindle, je peux commencer par la fin, indisciplinée et terroriste de la lecture que je suis. Ça m’oblige à suivre le rythme, et si je saute des parties, je suis obligée de tourner page par page.

Je lisais Outlander, donc, mais j’avais un oeil sur la structure. C’est assez proche de ce que j’ai en tête, même si j’aimerais vraiment éviter qu’un seul personnage prenne le dessus de la narration, comme Claire. Pour le coup, je préfère le « zapping » à la Game of Thrones, même si j’ai pas encore trouvé de façon plus élégante de faire passer la main, que de brutalement intituler le chapitre du nom du protagoniste. Et j’ai détesté aussi le « roulement » des Dan Brown, où la narration passe d’un lieu à l’autre, presque mécaniquement, à tel point que ça en devient vraiment chiant.

Pour mon premier tome, le problème ne se pose pas trop. Mes trois protagonistes restent ensemble la plupart du temps, et j’ai besoin que le lecteur suive leur processus d’intégration et de découverte. Mais par la suite, je veux développer l’histoire plus largement, et je n’ai pas encore trouvé de technique qui me permette de le faire sans les redondances propres aux séries.

À lire tous les romans de Diana Gabaldon à la suite, je note ses répétitions, au début de chaque nouvel opus : rappeler qui sont les personnages, leurs relations, amener à nouveau les faits marquants de leurs histoires personnelles… C’est redondant pour qui s’enquille plusieurs volumes à la suite, mais c’est nécessaire pour le lecteur qui attendra plusieurs mois avant la parution du prochain roman.

J’aime bien le personnage de Claire. Trop maternante à mon goût, mais je crois bien que c’est le premier personnage féminin que je ne trouve pas « trop féminin ». Elle est féministe même pour son époque, alors au XVIIIème siècle, c’est un OVNI. Elle est intelligente et diplomate, loyale et bornée, elle réfléchit avant d’agir, elle est complexe et juste. C’est un « vrai » personnage.

Je crois que si j’arrive à raconter l’histoire de femmes aussi intéressantes que Claire dans Outlander, j’aurais pas perdu le temps investi à écrire tout ça.

J’ai lu Harry Potter en me disant : wow, c’est tellement bien écrit (en anglais). J’ai lu Hunger Games en me disant : hum, je peux faire mieux que ça. Twilight m’est tombé des mains avant la moitié du premier bouquin en me disant : je peux VRAIMENT faire mieux que ça.

Les extraits seuls de Fifty Shades of Grey m’ont fait soupirer : quand est-ce que je m’y mets ?

Outlander me fait dire : ok, y a du level. Je suis capable de matcher ça. Diana Gabaldon l’a écrit comme « practice novel ». Elle faisait un « test » pour écrire un roman historique. C’était pour s’amuser. C’est un peu la même chose, pour moi : j’ai commencé par défi envers moi-même, pour voir si j’étais capable de cracher sur le papier une de ces folles histoires que j’aime me raconter pour m’endormir, le soir.

Et puis, j’y ai mis mes angoisses et mes espoirs, tous les dilemmes qui me tourmentent, ces leçons que j’aimerais qu’on apprenne, ces tiraillements et ces débats qui animent les soirées, les repas, et qui me font questionner mon existence, encore, même lorsque le sujet de conversation change.

C’est parti comme un défi d’un mois, et maintenant, c’est un projet qui me fait peur, parce qu’il est presque fini, ou plutôt, il attend que je le finisse. Que je prenne mon courage à deux mains et mes exigences, que je termine les derniers chapitres écrits à la va-vite, pour me prouver que je pouvais poser un point final. Mais il faut désormais repasser sur le texte, partout, encore une fois, parce que les mailles du récit sont trop lâches par endroit.

J’aurais pu passer mon Dive Master n’importe où ailleurs. J’aurais pu d’ailleurs ne pas m’arrêter cinq semaines au même endroit, un camp posé sur une plage, sur une côte peu habitée du sud de Sulawesi. Mais c’est un test, pour moi. J’ai de quoi m’occuper pour ces cinq semaines, pensez-vous. Je vais suivre une formation de Dive Master. Sauf que la nuit tombe à dix-huit heures, et que je ne vais pas me coucher à sept heures tous les soirs. Qu’il n’y a RIEN ici, pas une télé, pas de wifi, pas d’autres activités…

Juste moi, une plage paradisiaque, des banquettes confortables qui lui font face… Et ce défi, qui m’attend depuis presque deux ans. J’ai commencé à écrire l’intrigue en août 2014. À la veille d’août 2016, je me pose la question, à moi-même : tu vas continuer longtemps à lire les séries des autres, avec cette certitude arrogante que « tu peux mieux faire », ou est-ce que tu vas te le prouver, une bonne fois pour toutes ?

Il ne reste que quelques milliers de mots, de ces descriptions pourtant nécessaires qui te font tant suer… Et la volonté de repasser sur ces textes déjà travaillés plusieurs fois…

J’aimerais repartir de Bira avec mon Dive Master, ce serait un super accomplissement, c’est sûr. Mais si je pouvais en repartir avec mon premier manuscrit, prêt à démarcher des éditeurs, ce serait un vrai défi relevé. Et la suite, qui me brûle les doigts, et qui n’attend que mon temps et ma volonté pour glisser sur le clavier…

— Vendredi, 29 juillet

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