D. 27 La confiance est un muscle qui se travaille

J’ai passé la journée à avaler les quatre premiers chapitres (sur neuf) du manuel de Dive Master. La plupart étant surtout un déroulé de bon sens, destiné à être une base d’apprentissage, et pas une formation en soi.

Mais hier matin, c’était de la pratique. Première plongée de la journée, et deuxième jour sur le bateau pour moi : la veille, j’avais participé à deux « fun dives » en tant que « guest ». Désormais, j’étais « DMT », Dive Master Trainee, donc assistante en formation.

Confiance et capacité

On arrive sur le spot et je suis assignée au groupe de Charlotte, la Suédoise, elle-même Dive Master. Elle s’apprête à faire le briefing, mais avant, elle me demande :

« Do you feel confident bringing someone to the surface if they run out of air? »

En Français, elle aurait dit « est-ce que tu te sens capable de remonter à la surface avec la ou les personnes qui finiraient leur air avant les autres », mais en anglais ça donne « est-ce que tu te sens en confiance ? ».

Au moment où j’ai entendu sa question, j’ai eu une double réaction. Environ 80% d’analyse rationnelle de la situation me soufflait que tout ce qu’il y avait à faire c’était de surveiller ma conso, la conso des autres, attendre qu’on me demande de remonter et me montrer qui remonter, procéder à la remontée, lâcher mon parachute, nous ramener au bateau. Fastoche (même si le parachute est moi, on n’est pas en très bon termes, ça reste éminemment peu complexe, comme manoeuvre).

Mais il y a eu aussi ces 20% de panique : quoi ? Jour 2, zéro test de mes compétences, vous n’avez même pas regardé mes certifications ou feuilleté mon carnet de plongée, j’ai plongé deux fois avec vous et vous ne m’avez rien demandé, et là vous me faites confiance pour éventuellement remonter des clients ? Et si j’arrive pas à lâcher le parachute ? Et si je nous entraîne dans un courant ? Et si ? Et si ? Et si ? Et…

« Oh yeah, absolutely ! »

La confiance est un muscle qui se travaille. Ces 20% de panique ne sont pas idiots, ils peuvent être un réflexe de survie. Mais 20%, on en a vite fait le tour. Deux dixième de seconde, s’il m’en fallait huit pour évaluer mes compétences. Et c’est même pas mes compétences qui étaient appelées dans la question : c’était ma confiance.

La première fois qu’on la teste, c’est comme un muscle qu’on découvre : ça fait mal, ça surprend ! Quand on la force et qu’on la met en tension, parfois trop loin, jusqu’à la rompre, il faudra du temps et de la rééducation pour pouvoir s’en servir à nouveau.

Confiance et convalescence

Mon burn out fin 2012, c’était comme une déchirure musculaire. Un claquage de ma confiance en moi. J’ai boité dessus bien trop longtemps au lieu de m’atteler à réparer les dégâts. Mais c’est dur de marcher avec une jambe en vrac, et c’est dur de rester sur place en attendant que le temps fasse son oeuvre…

Alors je m’affalais sur des béquilles, je sautillais parfois, à faire de (trop) grands bonds en avant, fatiguée de rester sur place. Je me blesse, et je régresse… Jusqu’à ce que j’apprenne la patience de la reconstruction, pas à pas.

La confiance, ça se reconstruit. Comme un mollet claqué. Parfois plus vite, parfois plus longuement, ça dépend des blessures et de l’investissement qu’on met dans sa rééducation.

C’était long, presque trois ans. Mais j’ai fini de boiter. Et c’est plus qu’un soulagement : on va plus loin, et plus vite, quand on a des appuis solides.

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