Lose the round, win the fight

« Vous avez déjà entendu parler de l’endométriose ? »

C’est étrange, de perdre un bras de fer contre soi-même.

C’est étrange, aussi, de poser une question à laquelle il n’y a aucune bonne réponse. Pas de réponse n’est pas une bonne réponse. Toutes les réponses connues sont des mauvaises réponses.

C’est étrange, d’être malade à cause de l’étranger en soi.

C’est la définition même du cancer, n’est-ce pas ? Un corps étranger qui se développe, caché dans ton corps, jusqu’à ce qu’il interfère avec le fonctionnement normal de ton organisme.

Reprends ton « cadeau » empoisonné, Mère Nature

Tous les mois, environ, souvent un peu plus, parfois un peu moins, il fait des siennes, cet organe que je n’ai jamais demandé, mais qui apparemment, est installé en série.

De « mauvais moment à passer », mes règles sont devenues un moment qui ne passe plus.

Il a fallu que pour le 4ème mois consécutif, je me retrouve prostrée, prise de tremblements, de violentes nausées, de diarrhées, que je gémisse et que je pleure de douleur pour trouver enfin la force de m’avouer vaincue.

Non, je ne tiendrai pas. Non, je ne peux pas « serrer les dents » quelques heures par mois, un ou deux jours tout au plus. Je ne peux plus miser sur ma capacité à supporter cette douleur : l’idée même de cette douleur m’est déjà insupportable. L’idée de sa normalité m’est intolérable.

Dimanche soir, la douleur a dépassé le seuil de ce que je pouvais endurer. Je me suis brûlé la peau avec la bouillotte médicale, j’ai failli m’assommer, j’ai hésité à me blesser pour pouvoir appeler les pompiers, qu’on vienne me chercher, qu’on me shoote un anti-douleur vraiment efficace et qu’on m’emmène à l’hôpital.

Au lieu de ça, j’haletais comme un cheval à l’agonie, qui attend d’être abattu : pourvu que ça s’arrête.

Je ne veux ni d’une maladie inconnue, ni d’une maladie incurable

Ça ne s’arrêtera pas.

La sage femme m’a posé une batterie de questions sur moi, sur ma vie, sur les cycles de la douleur, ses intensités, tout. Quand elle m’a demandé si j’avais déjà entendu parler de l’endométriose, j’ai voulu lui répondre que je ne voulais pas en entendre parler.

Je ne veux pas d’une maladie incurable.
Je ne veux pas d’une maladie qu’on ne peut que gérer, et qu’avec des hormones.
Je ne veux pas d’une maladie dont on ne peut se débarrasser que par l’ablation de l’utérus, et encore, sans garantie de ne plus jamais subir des relents d’attaque. Un putain de cancer, cette saloperie.

Je ne veux pas non plus rester sans réponse.

J’écris ce soir parce que demain, je vais subir une échographie pelvienne et endovaginale, à la recherche de signes d’endométriose.

Je ne veux pas rester sans réponse, et je ne veux pas de la seule réponse accessible : c’est l’endométriose ou c’est pas l’endométriose.

Je ne veux plus souffrir

J’ai mal. Une partie de mon corps produit chaque mois une douleur que le reste de mon corps n’encaisse pas. Ça ne peut pas être normal, ça ne peut pas rester sans réponse.

Je ne peux plus accepter cette situation, je n’en peux plus de subir cette situation, et c’est bien là le noeud de mon problème: entre subir et choisir, la distinction est parfois ténue, mais il y a toujours la possibilité de choisir, tant qu’on peut choisir l’acceptation.

Or, je n’accepte plus cette souffrance.

Peu importe la réponse qu’on me donnera dans les semaines à venir, ce sera une mauvaise nouvelle. Il n’y a pas de bonne nouvelle quand il n’y a pas de solution.

Et si je pleure ce soir, c’est que je termine le deuil d’une partie de moi qui a pris trop de place dans ma vie, qui m’a causé trop de souffrances, et dont je dois envisager de me séparer, avec les risques que cela comporte.

C’est la pire des trahisons : celle de ta propre chair.

J’en peux plus. J’ai vraiment plus la force. Alors, j’ai perdu le bras de fer.

J’hésite : je ne sais pas si je préfère une réponse sans solution, ou des solutions sans réponse. Mais si, au fond, je le sais.

Je me satisferais de : ne plus souffrir. Et ne pas finir aux urgences avec un couteau en céramique planté dans le bas-ventre.

Je n’aurai sans doute pas de réponse, mais je ne cherche pas des réponses, je veux des solutions.

Take your losses.
Quit this round.
Breathe.
Get back up.
Win the fight.

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