D. 53 La motivation (aussi) est un muscle qui se travaille

Il fait trop chaud.
Sérieux, j’ai pas d’endroit confortable où me poser.
Je sais pas par où commencer.
Je sais pas comment reprendre les corrections.
Et si j’ai pas d’idées ?
Je vais pas y arriver.
J’ai laissé passer trop de jours, je pourrais plus finir maintenant.
À quoi bon ?
Et si ça valait pas le coup, au fond ?

Le doute, c’est comme les grains de sable. Ça enrayerait les plus belles mécaniques de productivité. Mais quand il y en a beaucoup, c’est tellement confortable de rester vautré dedans.

Oui c’est long. Non je sais pas par quel bout le prendre. Mais j’ai un objectif : je veux finir ce roman. Je veux avoir une version « finale » qui ME convienne de A à Z. Que je pourrais publier en ligne sans repasser dessus.

Je suis pas écrivain, j’ai même pas d’éditeur ou d’éditrice pour me relire, me donner des conseils, des critiques, du feedback. Je fais avec quelques retours de potes, sans doute trop bienveillants, pas assez sévères. Je navigue un peu à l’aveugle, c’est vrai.

En fait, des excuses pour laisser ce projet en plan, bien au chaud dans un carton rangé dans le placard de mes aspirations, j’en ai plus qu’il n’en faut. Donc ce n’est pas en pesant le « pour et le contre » des efforts à fournir que je vais m’en sortir.

Tout ce dont j’ai besoin pour finir ce roman, et réussir le défi que je m’étais fixé, c’est de motivation. Juste ça.

Ben si, juste ça. J’aurais pas déjà écrit plus de 85 000 mots sur le sujet si je n’avais pas d’inspiration, pas d’envie, pas d’intérêt à écrire cette histoire. Donc inspiration, envie et intérêt : check.

Bref, des raisons de mener le projet à bout, j’en ai déjà. Quid des moyens de boucler, en revanche ?

Écrire, ça ne me coûte rien. Je ne peux pas plonger, donc je n’ai virtuellement rien à faire de mes journées (étant entendu que le soleil c’est Satan, donc j’vais pas me coller sur la plage en journée).

Le temps disponible : check. Et de toute façon, le temps, ça se prend. C’est une monnaie relative, on a dit !

C’est quoi, la motivation ?

Je crois que j’ai souvent cherché en moi la motivation comme si c’était une donnée : est-ce que cette idée me motive ou non ? Alors qu’en fait, c’est moi qui décide : à moi de me motiver (ou non) pour m’impliquer dans tel ou tel projet.

C’est juste un choix, tout simplement, au fond. Choisir d’allouer des ressources (notamment du temps) à ce projet plutôt qu’un autre. Choisir de focaliser son énergie et son attention sur ce projet, plutôt qu’un autre.

La motivation est une pondération du choix. Comme un super-joker, que je peux sortir à volonté pour dériver mes moyens sur le bon canal.

Avec de la motivation, tout coule, déroule, sans accroc.

Il a suffit que je m’y mette, ce matin. Que je me dise : c’est aujourd’hui. Soit je tue les deux prochains jours à me ruiner en 3G, actualiser mon fil Facebook alors que c’est le milieu de la nuit en France, soit j’ouvre ma dernière version, et j’en fais une nouvelle.

J’ai réécrit tellement de trucs dans le premier chapitre, et le plus fou, c’est que ça me venait tout seul. La motivation a cette puissance étonnante, de stimuler le corps et l’esprit à volonté.

La motivation de finir la course, même si j’vais faire un temps de merde et que je sens plus mes jambes. La motivation d’aller à cette conférence, même si c’est loin et chiant d’y aller. La motivation de m’atteler à cette tâche, que je ne fais que repousser.

C’est aussi un muscle qui se travaille. Au début, je lutte pour tenir ma planche pendant 30 secondes. Mes épaules s’affaissent, le dos me lance et mes mollets brûlent. Et puis, de 30 secondes par jour, on passe à 45, puis à une minute. Et ce qui me paraissait inatteignable est devenu une routine.

Tout ce que j’avais à faire, au début, était de rassembler la motivation de faire cette foutue planche tous les matins. Et ça finit par devenir une bonne habitude.

Je suis en train de relire le 18ème chapitre (sur 28). Il y a plus de taf sur la fin, donc j’aurais probablement pas fini demain.

Mais je vais finir. Parce que j’ai décidé de finir, parce que j’ai trouvé la motivation de finir.

D. 52 Un dimanche paresseux

J-8. Je m’étais dit que je ne ferai pas de compte à rebours, mais je peux pas m’empêcher à la rentrée, à mon retour, à la semaine qui est déjà en train de s’organiser de l’autre côté de ces huit prochains jours.

J’ai pondu plus de textes aujourd’hui qu’au cours du mois entier, sans compter ces posts de blog bien sûr, toujours un par jour. Sauf que je suis en train d’écrire le troisième du jour, que j’ai sorti 2 articles, 2 nouveaux posts pour le blog du Bira Dive Camp, et préparé ma trame d’interview de plongeuses pour une section que je veux lancer sur mon blog de plongée.

Pas trop mal pour un « sick day » comme on dit. On avait zéro client aujourd’hui, zéro réservation, donc les 3 filles et moi avons passé la journée à lézarder sur la terrasse, vautrées sur les banquettes, avec nos ordis.

Je suis sans doute en train de consommer mes dernières data 3G, mais je compte faire un dernier réapprovisionnement à 10€ (ce luxe) pour tenir amplement le reste de la semaine.

Demain, je reste à quai, je repose mon oreille, on verra si je replonge ou pas avant mon départ. Mais je ne perds pas mon temps face à la mer, avec ou sans Internet, je laisse glisser mes doigts sur le clavier.

Il me reste huit jours pour terminer ce roman, et tenir ma promesse. Chiche ?!

D. 51 The Captain with the right hand hook

So I’ve talked a while ago about my body being the stallion and my mind being the rider, and how I need to listen to my body as if I were riding a horse. That is, if I intent to go the distance. I could very well keep burning through my power, and see where that would get me.

Then I figured out that I couldn’t let my body dictate the terms either: if I indulge too much in resting, we’ll get used to moving slowly, and I can’t have that.

All in all, throughout this trip, I have finally managed to get my mind & my body to find a sort of balance between them. But there’s one more lesson I need to learn.

So I wasn’t at the top of my game today, which is the understatement of the year. I had been extremely tired the day before, and both my ears were ringing. When I woke up, the right ear (A-G-A-I-N) felt stiff, swollen, and painful.

I felt it coming though. It was already burning pretty badly the day before, but not yet painful. I am so used to discarding pain, that when I feel something is painful, it’s the sort of pain I cannot ignore anymore.

I guess I got that from the leg muscle-tear I got playing soccer when I was 10 years old. Because all the adults assumed that I was faking it because I hated soccer at school, they kept saying that I was faking it to get out of soccer practice. (I honestly don’t know how they got to this conclusion, since I had been playing soccer with my brothers all the time, and it was about THE ONLY SPORT I actually liked).

I guess I ended up telling myself that I was not really hurt, and I kept walking — or rather, limping on that injured leg for about 2 weeks. Until one morning, I couldn’t take it anymore. I sat up on the stairs of our house, and demanded to see a doctor, refusing to move until promised so. My dad said he would take me after school, so I limped another day on it, until finally, a doctor examined me.

What might have been a minor tear if treated & rested properly early on, had become a knee tendinitis, made worse by my constant limping on it.

3 weeks of rest left this knee weaker than the other for years.

I should have learnt then to take care of pain when it first manifests, but I was 10 years old. Instead, I learnt that if it’s anything serious, the pain will come back worse after I have discarded it.

And most of the time, biting through it combined with a little rest usually works. And if it doesn’t, I’m usually the only one to pay the price.

« Usually ». Well. I had to sit the day out yesterday, and we had 8 guests wanting to do a Try Dive. A fourth Divemaster would have been appreciated. Because I was unable to dive, the team had to divide the try divers in 2 groups, and do 2 rotations each.

It’s not the ear that hurt me most yesterday, although the lack of painkillers on the boat made itself sharply obvious. It’s the feeling that I’m letting the team down, and they have to handle double work because I’m out.

Try Dives can be really tough to monitor, because they tend to go up and down a lot, failing to equalise properly, or to maintain their buoyancy underwater. This very enthusiastic crew was no exception, and everybody’s ears were subjected to quite a strain. Twice.

And a third time that day, with 3 other Try Divers.

Helping out with equipment set up on the boat, rinsing and clearing out the gear was the least I could do that day, and it felt like not enough.

Not because the girls made me feel like I was letting them down (on the contrary), but because I felt like I could have avoided this situation by taking a day off earlier, when I first felt tired and strained.

I won’t be the only one paying the price anymore

I need to remember that I’m not the only one paying the price anymore. I may be paying the highest toll, but as long as I’ll be part of a team, it’s the collaterals I need to think of, not just my own stakes in the matter.

That lesson gets even more essential transposed to team captain, instead of just team member. Sure, I can be a captain with a right hand hook, even with a wooden leg and a glass eye.

But wouldn’t I be better at it if I kept all my parts, to the best of my ability? Doesn’t it make more sense to rest when I need to, instead of when I can’t handle it anymore?

Isn’t it easier to plan a day off, than to suffer through sick days, waiting for my body to be functional again?

I probably have an ear inflammation. AGAIN. I probably need to stay out of the water for a couple of days. AGAIN. Yet I barely have more than « a couple of days » left here, and 4 trials to complete, 2 of which underwater.

I need to accept 2 things about myself:

My mind is in far better shape than my body. I’m faster, smoother, sharper in my mind than with my body.

My mind can always negotiate a little extra energy, I can always persuade myself that « I’m OK ». I waited 18 hours with 2 broken wrists last year, before asking to go to a hospital. I should have known right away that this kind of pain meant that something WAS wrong. But no matter what my mind tells me, my body will always have the last word.

There really is no point in being a healthy, exercising, non-drinking vegan, if I keep ignoring the earliest signs of something going wrong.

I’m not talking about making a fuss every time I have an itch, I just need to stop ignoring the small signals my body sends me.

It’s like clicking « later » on the important updates pop ups on your computer: sooner or later, the thing shuts down and you have to wait out the installation of the 12 657 updates you neglected to download earlier.

I might have to leave this place without completing my Divemaster. It’s a dire price to pay for this lesson, but again, it’s one I really should have learnt by now. And one I really cannot afford to suffer through again.

…Worst case scenario, though: I’ll have to come back here to complete all of my trials.

— Saturday, August 27th

#CheatDay because, once again, I was too tired to be bothered to open up my computer.

D. 50 Parfois, il pleut même au Paradis

L’heure de départ le matin dépend de la marée. Mais comme j’essaie d’habituer mon corps à un rythme régulier, j’ai toujours un réveil à 7h00. Il ne m’a jamais réveillée, d’ailleurs. Les macaques qui sautent sur le toit à l’aube s’en chargent généralement, mais avec l’habitude, j’ouvre toujours le premier oeil entre 6h et 6h45. De quoi s’étirer comme un chat, et se lever en douceur.

Ça me laisse le temps de prendre un petit déjeuner au calme, avant que la terrasse ne soit envahie par les clients. Je m’assois face à la mer, dont le bruit des vagues rythme le passage du temps comme un métronome, en continu.

L’espace d’un moment, je règne sur le Paradis. Le vent ne s’est pas encore levé, le soleil n’écrase pas encore la plage, sa lumière est douce, comme l’air matinal.

Le parfum du thé au gingembre qu’on me sert brûlant et le goût des fruits frais chassent pour quelques instants l’odeur salée de la mer, omniprésente.

Mais ce matin, le ciel est gris. J’ai rendez-vous à 8h avec mon instructrice, on part faire deux plongées avec notre élève Open Water, à 8h30. Il est bientôt 8h et la terrasse est déserte. Et le ciel s’assombrit.

Un coup de tonnerre retentit, et soudain les nuages se déchirent, laissant tomber un rideau de pluie, dense et frais. C’est tombé si fort que j’ai eu peur que les couleurs délavent, et qu’elles se diluent sur la plage.

C’était beau.

On est sorties en mer ce matin-là, et la tempête tropicale avait laissé la place à une journée de grisaille. Du vent qui siffle aux oreilles et fouette la peau humide et nue, de l’eau tiède qui brûle les tympans et la gorge.

J’avais pas envie d’y retourner, j’avais qu’une seule envie, ou plutôt plusieurs, en fait : prendre une douche chaude, mettre des habits doux et secs, boire un thé chaud, manger un repas chaud. Mais j’oublie qu’il n’y a pas d’eau chaude dans les douches, que je vis dans une hutte ouverte donc si c’est humide dehors, tout est humide dedans, et que le repas chaud devra attendre ce soir.

Mais en fait, je me rappelle que ça fait partie du deal : on peut pas vivre au Paradis et s’attendre à des jours 100% heureux. Il y aura aussi des jours sans, des jours plus difficiles, des jours plus chiants, des jours pluvieux.

Au moment de retourner sous l’eau, contre toute fibre de volonté de mon corps, je me suis repassé les raisons pour lesquelles je me retrouvais là, à ce moment, au bord d’un bateau traditionnel maltraité par les flots, sous une pluie tiède.

Parce que je kiffe ça. Parce que j’ai choisis d’être là. Parce que j’ai envie d’être là, pour le meilleur ET pour le pire.

C’est important de garder à l’esprit les raisons et les envies qui me motivent à poursuivre une voie, pour les jours de pluie et de grisaille, où elles ne seront peut-être plus aussi évidentes.

C’est toute la différence entre la vraie vie et les cartes postales, n’est-ce pas ? Parfois il pleut, même au Paradis. Mais ça a son charme aussi.

— Vendredi, 26 août 2016

#CheatDay parce que j’étais tellement claquée à la fin de cette journée que j’ai pas sorti l’ordi et je suis allée dormir 12h, pour la peine.

D. 49 It’s the details that will throw you off your game

Chances are, I won’t ever drop in the water for a dive forgetting my tank. And even if I did, there would be someone to point out the problem. It’s not the big, obvious mistakes you’ve got to worry about. You know the drill, you run the show, this is not a challenge. But it’s the details that will throw you off your game. A grain of sand grinding a smooth mechanic of well shaped habits.

I’ve been diving here for a little over 3 weeks, so focused on working on my leadership skills, improving the way I divide my attention between finding interesting stuff, and keeping an eye on my divers.

Because I’ve been carrying extra-weight most of the time, in case a diver needs some extra during a dive, I’ve neglected my own balance in the process.

Three weeks. And I’ve let this issue completely under the radar, not noticing its impact on my general behaviour underwater.

When I was practising how to properly demonstrate skills underwater with Laura, I was thrown off balance so often it became frustrating. I could not complete a sequence properly, when I had to struggle just to keep kneeling straight at the bottom.

Laura suggested that I added some weight next time, and I did, this morning, when I had another go at the exercice, this time in front of an actual student.

Granted, the conditions were not ideal, because the current was much stronger. But again, I struggled to keep my balance, and failed multiple times, constantly falling forward.

Once you know it, it becomes obvious

Needless to say, I wasn’t at all satisfied of my performance this morning. Once out of the water, Laura pointed out the problem to me:

« You need to wear your weight at the back. Not in the front. This is why you keep falling forward ».

So I was wearing the right amount of weight, just not in the right place. Of course, once she had pointed it out, I couldn’t believe how I had not seen it myself. I’m wearing all 3.5 kg at the front of my belt, and the extra kilo in the side pocket, also forward. Nothing cancels out the upward pull of the aluminum tank strapped to my back.

THIS IS WHY I’M FALLING FORWARD ALL THE TIME LOL. How did I not see that? For THREE FREAKING WEEKS???

Because it’s the details that will throw you off your game. The ones only an expert eye can see, the ones that creep up on you through « the habits that kill », the ones you can only get rid of by performing rigorous checks and asking yourself the right questions.

About those damn « habits that kill »

Interestingly enough, I did identify the source of the problem: it’s through what I’ve called « a habit that kills » that I came to wear my weights on the front, without even questioning why I always wear them there.

I am used to dive with a steel tank, which are shorter and denser than aluminum tanks. This is why I usually wear weights on the front, to avoid getting the weights pressed against my spine by the tank.

But when diving with an aluminum tank, I should have questioned this habit. It’s not the comfort that drives the decision, it’s the balance issue. Had I thought about that, I would have realised that I was wearing my weight on the wrong side.

But I didn’t. Force of habit. And I blamed external elements for my failure to master proper balance at all times.

Lesson one: you probably have the key to correct your own failure

So, two lessons must be learnt out of this experience: the first, is that I should look into my own behaviour for mistakes & potential improvements BEFORE blaming the elements or any outside influence.

It’s always so tempting to try and find an outside explanation for failure, even the little ones. But this is a dead end, when it comes to self-improvement. So what if the current was, in fact, making it difficult for me to keep my balance? Laura was managing perfectly. So it was achievable.

Lesson two: it’s the details that’ll throw you off your game

The second lesson, is the next step to follow from the first one: pay attention to details. It’s unlikely I’ll make a huge obvious mistake, with no one around to point it out to me. But I will look past an intermediary checkpoint, I will forget about the little things that pave out the way to perfection.

As my 11th Grade Drama teacher used to have us repeat every day:

« Excellence consists in doing ordinary things extraordinarily well »

You can hop on one leg while taking care of other people’s problems, because they matter more at the moment. But when your other leg gives way from exhaustion, a fat lot of good it’ll do you if you’re falling down too.

I should not have overlooked my balance issue for this long. When I really needed to be on my A-game, I couldn’t bring it. Worse, I couldn’t even figure out WHY I couldn’t bring it.

I learn a great deal from my failures, especially the smallest ones.

I moved the weight to the back of my belt for this afternoon’s dives.

My life underwater has just become a whole lot easier. Funny how much influence those little details can have…

D 48. Chéris tes premières fois

« Negative descent ». En deux mots, un début de panique à bord d’un bateau.

On va plonger sur un site localisé par GPS. À la surface, on voit rien. Et pour taper le site, il faut forcer l’immersion. On ne peut pas gentiment se laisser tomber du bateau, rincer son masque peinard-pépouze à la surface, ça va, tout le monde est ok ? OK ? Alors hop, on vide la stab, et on descend, chacun à son rythme, et on pense bien à équilibrer les oreilles, n’est-ce pas.

Mais non. « Negative descent », c’est : on vide la stab avant de se jeter à l’eau, et dès qu’on perce la surface, on palme vers le fond, en équilibrant les oreilles en continu. Pas le choix, le courant t’emporte sinon, et tu vas te faire balayer loin du site. Dès qu’on touche le fond, on s’accroche.

Ça, c’était le briefing sur le bateau. Et la traduction du briefing dans ma tête, c’était : « FUCK FUCK FUCK FUCK FUUUUUCK ». Et ma seule question, c’était d’ailleurs :

« So if I fuck up my descent, I just go up and back on the boat, and that’s the end of the dive, right? »

Right. Ou comment amener le scénario d’échec au premier plan dans mon esprit.

Et puis, je me suis souvenue de mon billet d’hier. Parfois, j’oublie que la peur n’est pas que paralysante : c’est aussi un stimulant.

Alors, j’utilise le shot d’adrénaline pour dissoudre la panique, je prends quelques inspirations profondes et je me repasse la séquence dans la tête. Vérifier tout mon équipement. Le mettre en place. Re-vérifier que tout est en place. Respirer profondément.
Me préparer à équilibrer en palmant.

3 – 2 – 1… GO

Le fond se rapproche et mes tympans popent doucement à chaque nouvelle pression insufflée. Ma respiration est soutenue, un peu forcée, c’est normal, je palme en continu. Je touche le fond et je m’accroche à un rocher. Je lève les yeux. C’est passé. J’ai réussi.

Bon, celui qui n’a pas réussi, c’est le client qu’on devait emmener au fond. Donc on est remonté sur le bateau, et on a retenté le coup.

Il n’y a que la première fois qui coûte

La peur était passée. En fait, c’était facile. Je l’ai fait une fois, je peux le refaire à l’infini. Et c’est la première leçon des premières fois : elles font voler en éclat le plafond de l’incapacité.

J’en suis capable ou pas ? Je peux le faire ou pas ? La première fois ne répond pas à ces questions : elle produit la démonstration. La réponse, c’est toi qui l’a. Je l’écris pour m’en souvenir : c’est toi qui a la réponse. J’en suis capable ou pas ?

Si tu réponds « non », tu peux t’arrêter là. Il faut d’abord répondre « oui » pour pouvoir dépasser la peur et tous les obstacles, pratiques, techniques, théoriques, et autres limites assimilées.

Chéris tes premières fois, c’est la jauge et le mode d’emploi

Je me le répète pour l’intégrer : les premières fois sont riches en enseignements. Que j’arrête de les appréhender en me disant que je vais forcément foirer.

Déjà, parce qu’on ne peut pas « foirer » une première fois. C’est à la fois la jauge et le mode d’emploi : au pire, c’est la liste de ce qu’il ne faut pas (re) faire, et la prochaine fois, on fera mieux, et ça passera. On fera mieux, c’est-à-dire par rapport à cette tentative, qu’elle soit réussie ou pas. Satisfaisante ou pas.

Ma deuxième « negative descent » était beaucoup moins fluide que la première. Mes oreilles me faisaient mal, les tympans appréciant moyennement de prendre 2 bar pour la deuxième fois en dix minutes.

Au lieu de sortir de l’eau en me disant « ça passe nickel », j’aurais dû analyser tout ce que j’ai fait correctement, pour pouvoir le répéter. Genre « prendre des notes » mentales des étapes à réaliser.

Chéris tes premières fois, aussi nombreuses possibles

Des premières fois, il y en aura tant que j’en provoquerai. Tant que j’irai les chercher, pour développer mes compétences, étendre ma zone de confort, progresser. ME développer, vraiment.

À moi d’arrêter de les redouter, de les fuir, comme des échecs potentiels, et de les poursuivre au contraire, pour les incroyables opportunités d’apprentissage, d’amélioration et d’enrichissement qu’elles sont.

« Negative descent ». Check.

D. 47 Parfois j’oublie que ça fait peur

Parfois, j’oublie que ça fait peur. Les responsabilités m’écrasent. C’est la gravité, ça te tire vers le bas, et la peur agit comme un poids. Du coup, ça t’écrase encore plus. Et ça te demande encore plus d’effort de relever la tête, de continuer à avancer.

La peur nourrit la peur, alors c’est de plus en plus lourd. Bientôt, tu peux plus mettre un pied devant l’autre tellement ça t’écrase les épaules, le dos, ça te serre la poitrine, ça comprime les poumons.

La pression t’étouffe. Et bientôt, tu respires plus.

Parfois j’oublie que la peur a cet effet toxique et paralysant. Et parfois, je me rappelle qu’elle peut aussi procurer un effet stimulant, enivrant, grisant. Et c’est juste une question d’état d’esprit.

Alors je me rappelle que la peur existe pour que mon cerveau soit en état d’alerte, parce que j’ai besoin d’être à 100%. Si je ne bouge pas, si je ne fais rien, c’est comme si je me laissais paralyser : puisque je refuse de prendre l’initiative, mon cerveau prend celle de m’immobiliser. C’est plus sûr. Si on reste sur place, il ne peut rien nous arriver.

Mais c’est faux, bien sûr. Ou plutôt, y a un peu de vrai : il ne peut rien m’arriver. Le bad, vraiment. Je veux vraiment d’une vie où il ne va rien m’arriver ? Bien sûr que non. Alors il faut que j’accepte le risque. Et l’annonciatrice du risque, souvent, c’est la peur.

Parfois j’oublie que la peur est aussi un stimulant. C’est juste à moi de le décider, et d’agir en conséquence, sans me laisser paralyser.

« Clémence, you’re leading today »

Bien sûr que ça me fout les jetons d’emmener 5 personnes par 30 mètres de fond. D’assumer la responsabilité d’un groupe de plongeurs, avec lesquels j’ai jamais plongé.

Bien sûr que ça me paralyse, de me dire qu’à l’avenir, ça pourrait être mon job à plein temps, que je serais responsable d’un groupe de plongeurs après l’autre. Sans instructrice pour assurer mes arrières. Ce serait sans filet.

Bien sûr que ça me fait flipper. Mais c’est à ça que je reconnais les frontières que je dois dépasser, les limites que je dois repousser pour me stimuler, apprendre, grandir, à tous les sens du terme.

Parfois j’oublie que la peur est grisante, quand je décide de ne plus la laisser m’étrangler, mais que je me sers de son poids pour garder les pieds sur terre.

D. 46 How can I help?

De l’aide. En recevoir, en demander, c’est difficile. On n’a pas l’habitude. C’est perçu comme une faiblesse. Et pourtant, c’est un moyen d’aller de l’avant.

Aujourd’hui, j’ai fait une plongée « pédagogique » : Laura (mon instructrice) et moi, on s’est posées par 13 mètre de fond, sur le sable, et on passé 48 minutes à répéter des gestes. Perdre et remettre son détendeur. Enlever et remettre son masque. Enlever et remettre sa ceinture de plomb, sa stab & la bouteille, nager sans masque, faire une remontée d’urgence, une remontée assistée, etc…

Une vingtaine de « compétences » dont je découvrais la plupart, n’ayant pas appris à les exécuter moi-même en France (parce qu’en soi, y a zéro raison de et zéro difficulté à enlever et remettre quoi que ce soit sous l’eau).

Mais faut pas juste savoir le faire : comme je viens de le dire, y a pas de difficulté. Faut savoir l’enseigner. Faut pouvoir exécuter les gestes suffisamment lentement, amplement, en soulignant suffisamment chaque étape, pour que l’élève en face puisse répéter la séquence et réussir la compétence.

Travaux pratiques

De retour au camp, pas le temps de lézarder au soleil, on repart pour une troisième plongée, après une grosse heure de pause. Un client veut tester la plongée, Laura l’emmène pour un baptème — avec moi.

Romain est français, donc j’ai commencé à taper la discute. Donc Laura m’a proposé de prendre les commandes : tu lui montres l’équipement, tu lui expliques tout, comment ça marche, à quoi ça sert, comment on l’utilise, et les 2 compétences qu’il va devoir réaliser sous l’eau : lâcher-reprise d’embout, et vidage de masque. OK?

OK.

C’est plus de la théorie, c’est même plus de la pratique, c’est In Real Life, sans filet. Le mec, si je le briefe mal, si je le surveille mal, il risque une surpression pulmonaire. Même à 10 mètres, ouais.

Et sous l’eau, il a eu plusieurs galères. Je le voyais, lutter pour équilibrer ses oreilles. Et j’arrêtais pas de me dire : est-ce que j’en ai trop dit ? Pas assez ? Est-ce que je lui ai mis trop de pression ? Pas assez ? Est-ce qu’il a peur de descendre parce qu’il a peur de se faire mal, ou est-ce qu’il se fait déjà mal en forçant ?

Comment tu aides quelqu’un que tu vois galérer, mais avec qui tu as du mal à communiquer ?

Je le voyais, galérer avec sa stab. Mettre trop d’air. Pas assez. Et puis, le dilemme : si je prends les choses en main, ça va attaquer sa confiance. « Laisse, je gère », sous entendu « parce que tu t’en sors pas ». Alors je démontre. Je démontre encore. Il n’imite pas comme il faut.

Comment tu aides quelqu’un que tu vois galérer sans le faire douter de ses propres capacités à résoudre le problème ?

J’ai appris à demander de l’aide, reste à apprendre à en apporter

C’était dur, aujourd’hui. Dur de se mettre à la place de l’élève pour décortiquer geste après geste des séquences que j’ai déjà intégrées dans mes automatismes. Dur d’être à la place du moniteur pour un novice absolu, d’être dans cette impuissance relative, et pourtant responsable.

Cette journée m’a fait réfléchir à l’aide. J’ai déjà appris à demander de l’aide, et c’était pas facile, tant cette forme d’humilité raisonnable est vue d’un mauvais oeil dans nos sociétés. Moi, je sais que c’est une forme de sagesse et de maturité.

Mais je dois encore apprendre à aider les autres. Proposer de l’aide, apporter de l’aide à ceux qui en demandent.

C’est un sujet complexe, faut que j’y réfléchisse. J’ai pas encore digéré cette journée. Parce qu’elle a été chargée :

– première plongée, Shark Point, je sers de guide à deux Espagnoles (Elles m’ont dit : « tu es une super guide, je me suis vraiment sentie en sécurité ! ») (et puis je leur ai débusqué deux tortues donc je suis un peu leur star)

– intervalle de surface : Laura me fait nager un 400M « nu » (sans masque ni palmes ni combi, juste en maillot), chronométrés. Je fais un 10min30 de merde, mais y avait du courant sur la moitié de la distance…

– deuxième plongée : plongée « pédagogique ». Je suis sortie lessivée.

– Pause dej (après avoir rangé le matos de la matinée et déchargé une partie du bateau)

– troisième plongée : le baptême de Romain, que j’ai équipé, briefé, coaché, accompagné pendant toute sa plongée (y compris sa remontée accidentelle, et sa ré-immersion).

– …re-rinçage et rangement du matos, je vais me doucher, et de retour à la terrasse :

– une Française vient se renseigner pour passer son Open Water, donc j’offre nos services en français.

– je débrief toutes les compétences que j’ai foirées, je détaille les séquences à l’écrit pour les revoir avec Laura

– Laura me demande de l’aide avec un client espagnol qui parle très mal anglais, j’me retrouve à improviser un coup de fil en espagnol pour préparer les sorties du lendemain (Jaume, donc, nous rejoint pour deux plongées demain).

Help. Help help help. Pourquoi des fois c’est facile d’aider les gens, et parfois, il faudrait presque trouver une parade juste pour prêter main forte ?

Comment on aide à apprendre ? #WorkInProgress.

À suivre… Ce soir, j’ai posé les questions. Demain, je chercherai les réponses. Pour l’heure, je vais me coucher. Je suis épuisée.

PS : j’ai corrigé mille coquilles à la première relecture, à ce compte-là il doit en rester plein. Signe s’il en est qu’il est temps de mettre les méninges en veille…

D. 45 Est-ce que le temps joue pour ou contre nous ?

Bira Dive Camp est un oasis, posé sur une plage, au milieu d’une baie. Y a pas vraiment de route, de toute façon y a pas grand chose autour, y a pas vraiment de ville à proximité. Y a pas l’Internet, tout juste de la 3G (dieu merci), et y a pas d’horloge aux murs, nulle part.

Y a un seul miroir, au-dessus des « lavabos » du bloc sanitaire. Du coup, je me vois une fois par jour, au sortir de la douche (le soir, j’ai ma lampe frontale qui inonde le reflet).

L’horloge mesure le temps, le miroir me montre ses marques sur mon corps… À part mon épilation du sourcil qui se barre sérieusement en couille, il ne se passe pas grand chose sur ma gueule, en 45 jours…

45 jours. Je les compte pour éviter qu’ils ne m’échappent, mais ça ne marche pas : le temps passe quand même, à ses vitesses relatives et capricieuses.

L’heure et demi d’intervalle de surface qu’on passe sur le bateau entre deux plongées fait en réalité 10 minutes quand j’ai décidé de dormir, et 4 heures quand le vent bat la coque et siffle à mes oreilles.

Le temps gouverne, et je subis

Le temps en profondeur joue toujours contre nous. Plus je reste, moins j’ai d’air, plus j’ai d’azote dans les tissus, plus courte sera mon exploration, plus longue sera la remontée. Le temps gouverne, et j’obéis. Je subis ?

Et à la surface ? J’ai déjà réfléchi sur le temps pendant ce voyage, celui qu’on (ne) perd (pas) à réfléchir, mais aussi à sa valeur (Time is of the essence). Mais c’est une question complexe, et elle revient en ce 45ème jour, parce que le temps qu’il reste vient de reprendre une dimension concrète : deux semaines.

En deux semaines, est-ce que je vais réussir à boucler mon Divemaster ? Il me reste tellement d’épreuves physiques et de tests à compléter… Il y en a pour plusieurs jours entiers, et il va falloir jongler avec les plongées pour les clients.

Et je voudrais vraiment boucler mon roman, auquel j’ai pourtant pas touché depuis ma promesse de m’y remettre. J’ai une infinité d’excuses, entre ma crève, la théorie à se coltiner, les plongées, ma fatigue profonde après, j’ai faim et j’peux pas manger quand je veux, j’arrive pas à me concentrer le ventre vide.

Je subis.

Comment ne pas subir le temps qui passe ?

Ça m’obsède un peu, cette question. J’ai pas peur de vieillir, mais j’ai peur de passer à côté de ma vie, comme une vache regarde passer le train. Je ne veux pas être baladée par les flots de l’existence, je veux faire quelque chose de ce temps imparti, dont j’ignore la durée.

Ne pas subir, c’est choisir. J’avais écris cette phrase, une année, dans mes bonnes résolutions (2008, de mémoire — yep !) :

« C’est étonnant, un choix. Certains sont morts pour permettre aux générations futures de l’avoir, d’autres se tuent pour ne pas avoir à en faire.

On hurle et se plaint quand on ne l’a pas, et par moments, on préfèrerait ne pas l’avoir. En fait, on n’y échappe pas.

Si pour avancer dans l’espace, il faut mettre un pied devant l’autre, chaque mouvement qu’on fait dans le temps est un choix.

Tourner à droite, rentrer chez soi, partir, revenir, choisir ses amis, son école, ses études, choisir un nom pour son poisson rouge, un mot de passe pour sa boîte mail, choisir ses mots quand on parle, choisir d’entendre sans écouter, choisir d’aller, ou de rester. Choisir entre poulet ou poisson, entre le vert et le bleu, entre colère et pardon.

Tant de choix qu’on fait sans s’en rendre compte, et d’autres qui nous coûtent chaque fibre de volonté.

Je sais que je déteste choisir, sans doute autant que j’aurais haï vivre sans avoir le choix. Ce paradoxe me rend folle de rage à chaque fois que je me retrouve sur la corde raide devant cet éternel problème, qui porte en lui-même sa solution : le choix »

« Chaque mouvement qu’on fait dans le temps est un choix »

C’est ça, la solution, n’est-ce pas ? Les choix. Pas les grands choix de vie, qui filent le vertige et la nausée, et de toute façon je ne crois pas aux grands carrefours, comme si « prendre à droite » ce jour-là allait bouleverser mon existence. De 1, c’est déjà suffisamment balèze de faire des choix sans avoir la pression supplémentaire de se dire : ce choix va changer ma vie.

De 2, je pense qu’on peut toujours re-prendre un embranchement plus tard, changer de voie, recommencer, et qu’un choix n’est jamais aussi dramatique qu’il se présente. Parfois, j’aimerais qu’il le soit davantage, les gens ne choisiraient plus aussi légèrement de manger de la viande s’ils mesuraient réellement les conséquences de leur choix à chaque repas.

Faire des choix, ça se travaille

En 2008, j’étais torturée par le choix… En 2016, ça va beaucoup mieux. Qu’est-ce qui a changé ? J’ai arrêté de considérer tous les choix que je suis amenée à faire comme des pièges qu’on me tend, comme s’il y avait une mauvaise réponse ou une mauvaise option.

Un choix, c’est un mouvement dans le temps. Mais le temps n’est pas linéaire (vu que j’ai établi qu’il était relatif !). Donc choisir, c’est LE moyen que j’ai d’agir sur le temps, avec le temps.

Si je voulais vraiment terminer mon roman, j’enverrais bouler ma formation divemaster. Merci les meufs (car toutes les plongeuses sont des meufs, meilleur camp de plongée du monde), c’était fun, mais finalement je suis pas si intéressée que ça pour obtenir mon diplôme cet été, je préfère finir mon roman en continuant à profiter de ce cadre paradisiaque, et à plonger de temps à autres pendant ces deux dernières semaines.

Si je voulais vraiment obtenir mon divemaster, je me débrouillerais pour passer toutes les épreuves le plus vite possible et en être physiquement débarrassée en 4-5 jours. Et me dégager plus de temps de repos. Quitte à suspendre ce journal de bord.

Si je voulais vraiment écrire plus, progresser dans mes brouillons en cours, je m’aménagerais ce temps quotidien.

Et si c’était aussi simple que ça, de maîtriser le temps ? En faisant des choix.

Et si c’était aussi simple que ça, de prendre les commandes de sa vie ? En faisant des choix. Ses propres choix.

La différence entre agir ou subir, c’est pas le pouvoir qu’on a ou pas, les capacités, les possibilités, ce ne sont pas des éléments extérieurs. Ce sont nos choix, et notre propension à les fuir ou à les assumer. (À peu près Dumbledore, au passage).

La différence entre les résolutions que je tiens et celles que j’abandonne, c’est un choix. Entre les projets sur lesquels je m’investis et ceux que je délaisse, c’est un choix.

La différence entre la personne que j’étais et celle que je suis devenue, c’est une succession de choix. Et le premier d’entre eux, c’était la volonté de changer.

Alors, est-ce que le temps joue pour ou contre nous, dans la vie ? Ça dépend, meuf. C’est toi qui choisis.

All My Days

Oh, et le son du soir : Alexis Murdoch, All My Days.

Well I have been searching all of my days
All of my days
Many a road, you know
I’ve been walking on
All of my days
And I’ve been trying to find
What’s been in my mind
As the days keep turning into night

Well I have been quietly standing in the shade
All of my days
Watch the sky breaking on the promise that we made
All of this rain
And I’ve been trying to find
What’s been in my mind
As the days keep turning into night

Well many a night I found myself with no friends standing near
All of my days
I cried aloud
I shook my hands
What am I doing here
All of these days
For I look around me
And my eyes confound me
And it’s just too bright
As the days keep turning into night

Now I see clearly
It’s you I’m looking for
All of my days
Soon I’ll smile
I know I’ll feel this loneliness no more
All of my days
For I look around me
And it seems you’ve found me
And it’s coming into sight
As the days keep turning into night
As the days keep turning into night
And even breathing feels all right
Yes, even breathing feels all right
Now even breathing feels all right
It’s even breathing
Feels all right

D. 44 Good Leadership Takes Practice

Hier matin, Laura (mon instructrice) m’a laissé gérer les deux plongées de la journée. À charge pour moi de faire le briefing pré-plongée, de prendre toutes les décisions de la mise à l’eau à la remontée, et bien sûr, de guider la plongée.

Avec une seule plongeuse à bord hier, le challenge n’était pas le nombre, mais bien le rôle.

C’est dur, d’incarner le leadership. Il faut inspirer confiance, en démontrant de l’assurance. Il faut inspirer de la sympathie, en démontrant de l’humilité. Il faut être solide sur ses appuis, sans donner l’impression d’être bornée.

Il faut prendre des décisions, il faut remporter l’adhésion du groupe pour que ces décisions soient suivies. Il faut assumer les conséquences des problèmes qui surviennent, qu’ils découlent d’erreurs ou de circonstances, qu’on en porte la faute ou non : on en porte néanmoins la responsabilité.

Il faut être humain avec la force d’un être invincible, rester humble comme si le destin pouvait nous faucher demain.

Et de fait, en plongée, une erreur, un problème, peuvent avoir des conséquences dramatiques.

Leading takes practice…

Alors hier matin, même si je n’avais qu’une seule plongeuse à encadrer, plutôt expérimentée (50 plongées, Advanced), le défi était de taille.

Aujourd’hui, on a remis ça, mais avec 2 plongeurs Advanced, sur deux plongées supplémentaires. Mais cette fois-ci, Laura m’a laissée en charge de toute l’organisation, y compris l’accueil des clients, l’équipement, les formalités administratives, la vérification des certifications, bien sûr le briefing et toute la gestion de la plongée.

— Quelques notes à moi-même au sujet
du leadership et de ses challenges —

Confiance, sincérité et écoute de l’autre = la base

Ta confiance en toi doit être sincère, pas gonflée artificiellement. Ça sert à rien de se montrer plus sûre que l’on est, ça ne fait que renforcer la méfiance et le doute de l’autre.
Un bon moyen de le vérifier, c’est ma capacité à ressentir le niveau de stress de mon interlocutrice.

En l’occurrence, mon premier briefing était dans l’over-assurance. Je récitais dans ma tête les points obligatoires, les débitant avec la confiance d’une hôtesse de l’air qui démontre les règles de sécurité pour la 12 657ème fois de sa vie.

Ce n’est qu’au moment où je suis sortie de « mon personnage » pour demander à Laura si je n’avais rien oublié d’essentiel (spoiler alert : j’avais oublié un truc essentiel) que j’ai remarqué que ma plongeuse écoutait mon échange « stagiaire-prof » avec la même attention religieuse que mon briefing… Et j’ai percuté : stress.

En fait elle avait peur des requins, elle n’en avait jamais vu en plongée, et on était au bien nommé « Shark Point ». Et elle n’était jamais descendue à plus de 25m, alors que je venais de lui annoncer 30m en profondeur max.

Bon. Je lui ai demandé si elle était stressée, et elle a répondu oui. Donc j’ai mis en place avec elle des signes pour qu’elle puisse me dire sous l’eau « je veux remonter un peu » et « stop je veux sortir de l’eau » pour éviter une panique.

J’ai vu dans son comportement que ça l’a considérablement détendue : elle avait désormais les moyens de désamorcer des situations la mettant potentiellement mal à l’aise.

Et j’ai percuté que si j’avais pas cherché à dissimuler mon manque criant d’expérience dans l’art du briefing en tentant d’apparaître bien plus confiante que je ne l’étais, j’aurais chopé son stress plus tôt, et adapté mon briefing en conséquence.

Et en prime, ça aurait boosté ma confiance à moi, de me retrouver en face d’une personne qui s’en remet à moi pour assurer sa sécurité, plutôt que de me dire « c’est une plongeuse expérimentée, elle va me juger si je me plante ».

Je propose de ne plus me préoccuper à l’avenir des « on va me juger SI », et de gérer le problème du jugement si et quand il se présente. #NoteToSelf

Calme et sérénité permettent de multi-tasker en paix

Mise à l’eau, on descend, et là, les ennuis commencent. Je dois :

  • accompagner la descente de mon élève
  • repérer et gérer ses (éventuels) problèmes (elle avait des cheveux dans son masque, qui causaient des fuites)
  • toujours être plus bas, et devant elle…
  • …mais rester assez proche pour intervenir en cas de problème
  • surveiller mon profondimètre pour pas dépasser la profondeur max
  • surveiller le décompte de mon temps avant paliers de décompression (pour ne pas choper de palier)
  • surveiller ma consommation d’air
  • surveiller sa consommation d’air en lui demandant régulièrement…
  • …mais pas trop souvent non plus pour pas la saouler
  • gérer nos efforts respectifs vis-à-vis du courant
  • ET trouver des trucs à lui montrer planqués dans les coraux
  • ET surveiller le bleu des fois que des gros trucs passent
  • ET gérer l’orientation générale de notre progression

…Et tout ça c’est dans la phase zen, après on embraye avec la remontée.

Donc que s’est-il passé dans les premières dix minutes ? J’étais débordée. Je chéckais tout en boucle, sans retenir ce que je voyais, et j’ai eu mal au crâne. LA PRESSION, mais pas celle de l’eau, lol.

Ça sert à rien de tout faire en même temps, et bloquer mon cerveau en mode « HIGH ALERT » ou « VIGILANCE CONSTANTE » ne me rend pas plus efficace, au contraire : ça m’épuise. Ça me pompe l’air, littéralement. J’ai jamais consommé autant en dix minutes.

Bref. Stop. Respire. Relax. Zen. Et on reprend.

Et en fait, en mode « ZEN », j’ai trouvé une séquence pratique qui me permet de combiner toutes mes tâches dans un ordre logique, et efficace.

Est-ce que c’était si difficile ? Non. J’ai remis ça cet après-midi, pour ma 4ème plongée en guide, avec ma palanquée de deux plongeurs et mon instructrice. J’ai mené le groupe dans le plus grand des calmes, malgré plusieurs difficultés qui m’auraient sans doute stressée la veille :

  • descente très lente car mon oreille droite passait mal
  • je ne connaissais pas DU TOUT le site, première plongée dessus
  • ma palanquée comprenait un photographe, pire espèce de plongeurs à encadrer, vu qu’ils s’arrêtent douze plombes pour prendre des photos
  • j’ai flirté avec ma limite de décompression sur la fin, mon ordinateur étant visiblement beaucoup plus pénalisant que celui de Laura.

C’est fou ce que j’arrive à gérer quand je ne m’autorise pas à stresser, mais que je me concentre uniquement sur la gestion du ou des problèmes à anticiper, éviter ou résoudre.

Je me propose de ranger le stress dans la boîte à énergie, à vidanger quotidiennement par le sport, par exemple. #NoteToSelf

Listen & Learn : les deux ailes du succès

Pour être honnête, je pratique déjà cette philosophie, mais je me la répète ici pour bien continuer à l’inclure comme l’un des piliers essentiels de mon leadership.

C’est pas écrit dans les bouquins de théorie, parce qu’on peut pas savoir à l’avance sur quel type de plongeurs on va tomber, s’ils aiment le macro, le micro, le bleu, le fond, le courant,… S’ils sont à l’aise, nerveux, s’ils veulent se laisser guider ou si ça les fait chier parce qu’ils aiment l’autonomie, s’ils consomment beaucoup ou pas, s’ils sont susceptibles au stress et à la panique…

C’est pas écrit. Je peux en deviner une partie, mais surtout, je peux leur parler. Je peux leur demander ces informations. Je peux les écouter, quand ils parlent entre eux, quand ils posent des questions. Je peux leur poser des questions, la façon dont je les pose, la façon dont ils répondent me donnent d’autres informations.

Je peux les écouter quand ils me donnent du feedback, quand des gens plus expérimentés me racontent leurs faits d’armes, lorsqu’ils me donnent des conseils ciblés. Quand des gens moins expérimentés me font un rapport d’étonnement, me posent des questions « naïves » en apparence, mais pertinentes au fond.

L’information est un flux constant, à moi d’en tirer le nécessaire et l’utile, et de l’alimenter pour ceux qui y puisent aussi leurs ressources.

Je propose de continuer à considérer les gens qui m’entourent comme des ressources, une mine d’information, et jamais comme des pions à gérer. Respecter et prendre en compte leur individualité n’est pas seulement la clé d’un management safe et épanouissant pour tout le monde, c’est aussi une garantie d’enrichissement et d’amélioration continue pour moi.

Les gens qui réussissent ne réussissent jamais seuls. #NoteToSelf

…Oublie pas de kiffer

J’ai failli oublier. Et pourtant, ça aussi, c’est un essentiel du leadership. Je ne suis pas un martyr. J’ai pas perdu à la courte paille. J’ai choisi d’être là, j’ai choisi d’assumer cette responsabilité, parce que JE KIFFE ÇA.

C’est fucking grisant d’être à la barre, d’avoir face à moi des gens qui écoutent mes consignes, parce qu’ils savent que c’est la clé d’une plongée zen et cool.

Et même si j’ai une sacrée part de cerveau investie à anticiper et gérer les problèmes des autres, quand je suis en équilibre dans le bleu, je suis dans le kiff absolu.

C’est dur, c’est stressant, y a de la pression, y aura des défis que j’imagine pas encore, y aura des attentes, des décisions difficiles à prendre, de l’autorité à démontrer et à faire respecter, ce sera pas toujours facile au quotidien, je sais.

Mais j’ai choisi ça parce que je kiffe. Je ne risque pas de l’oublier.

…Mais juste au cas où : meuf, n’oublie pas de kiffer. #NoteToSelf

Le leadership, ça demande de l’entraînement, de l’expérience. Mais j’ai déjà des bonnes bases, il me semble.