Left unsaid

21 décembre 2019.

Tout ce que j’aurais aimé te dire, si je pouvais revenir en arrière.

Ça va aller.

Tu n’y es pour rien.

Ce n’est pas de ta faute.

Et tant d’autres mots, qui me semblent aujourd’hui si insuffisants.

J’aimerais pouvoir voyager dans le temps. Promis je n’y changerais rien, parce que je sais combien il est dangereux de jouer avec la temporalité de nos univers. Je ne veux pas changer le futur, promis. Je veux juste adoucir le passé. Je voudrais juste te dire tout ça quand j’aurais dû te le dire, quand tu aurais pu l’entendre, pour t’éviter un lot de souffrances que j’aurais pu t’épargner.

Que j’aurais voulu t’épargner.

Ça n’aurait rien changé, je voudrais juste que pour toi, ça fasse une différence.

Je suis désolée.

J’aurais dû te prévenir, j’aurais dû voir venir que tu resterais si longtemps prostrée dans le déni.

Mais ce n’est pas de ta faute. Quand on passe sa vie entière la garde levée, quand enfin quelqu’un t’inspire la confiance suffisante pour pouvoir la baisser, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est tellement confortable, tellement précieux, évidemment que tu te laisses tenter. Alors tu cèdes, tu t’abandonnes, dans ce cocon si précieux que peu de gens connaissent, et peu de gens explorent. En ces lieux tapissés de la soie dont on tisse l’amour et la bienveillance, la trahison déchire les fibres d’une facilité déconcertante.

J’aurais aimé te dire que tu n’as pas eu tort de faire confiance, et que les relations humaines sont infiniment plus complexes que tu ne le concevais. Qu’il n’y a pas d’un côté ceux qui te comprennent DONC qui méritent ta confiance à vie, et de l’autre, ceux qui s’interrogent très maladroitement autour de toi, et DONC s’achètent ta méfiance et tes replis.

Le monde est infiniment plus complexe et tu le sais pertinemment, c’est ça qui te fait peur, alors tu te replies vers ceux qui te donnent l’illusion du confort et de l’amitié, ceux qui t’offrent le luxe de cette bulle où tu ne te sens pas jugée. Mais c’est une bulle, et c’est un jugement qui te plaque à l’intérieur : tu es différente, et au dehors, personne ne te comprend. Mais qui l’a décrété ?

J’aimerais pouvoir te dire, pour que tu le saches : c’est faux. Oui tu es différente, comme tout le monde l’est, un peu plus ou un peu moins, tu crois vraiment que c’est moins violent à vivre pour ceux qui le sont un peu moins ?

Oui tu es différente mais ce n’est pas une tare, oui ce cocon de compréhension et d’acceptation est précieux mais ce n’est pas un luxe : c’est ce que tu mérites, point. Ici ou ailleurs. N’en doute jamais.

Et d’ailleurs c’est un luxe, au prix où tu le paies : à l’isolement, aux concessions faites à tes valeurs, et surtout à la tienne. À ce que tu vaux, à ce que vaut ton travail. Tu vaux mieux que ça et si tu en doutes tellement, au point de le nier, ce n’est pas normal. C’est donc que le cocon luxueux de l’acceptation que tu prétends chérir n’est autre qu’une prison, que tu repeins en or pour te convaincre qu’il est confortable et précieux.

Alors qu’il n’est que confortable, et uniquement parce que l’alternative te fait peur.

Tout te fait peur en dehors de ce que tu connais. Enfin, quelque chose de connu, de permanent, de rassurant. J’aimerais pouvoir te dire d’en profiter, que ça va durer, que bravo tu as trouvé ta place ! Mais je sais que c’est faux, et tu sais que c’est faux, même si tu te donnes du mal pour te convaincre du contraire.

Ça te rassure parce que c’est tout ce que tu connais, mais tu sais pourtant qu’ailleurs ce serait mieux, parce qu’ailleurs ce serait différent. Tu ne t’autorises pas à y penser parce qu’ailleurs c’est différent, et que cette différence t’effraies.

Tu mérites mieux. Au fond de toi tu le sais, mais tu as fini par te convaincre que tu construisais ton propre mérite par un travail que d’autres faisaient fructifier. Parfois tu te demandes ce qu’il en restera le jour où tu partiras, et tu réalises deux choses en faisant ça : qu’un jour tu partiras, et qu’aucune certitude n’accompagne cette pensée. Que de tout ce que tu fais aujourd’hui, rien ne construit demain.

Tu mets ça sur le compte de l’incertitude du monde, mais personne autour de toi ne vit avec ce même niveau d’impermanence. Et tu t’étonnes d’être inquiétée par l’avenir.

Je ne suis pas venue te torturer. Je suis venue t’aider. Alors finis ta pinte et refais-toi le film de ta vie : les gens que tu aimes et ce que tu veux pour toi-même sont deux choses différentes. Arrête de sacrifier pour les uns tout ce que tu t’interdis d’investir pour l’autre. Ton énergie, ton temps, ton ambition, tes idées, ta vie t’appartiennent, tes espoirs et tes doutes, tes échecs et tes victoires t’appartiennent, tes tentatives et tes obstinations t’appartiennent.

Souviens-toi que tu es maîtresse de ton propre destin, que personne ne surgira jamais pour se substituer à toi, te tirer d’affaire, te foutre la tête sous l’eau. La vie ou d’autres essaieront, mais tu es la seule à pouvoir décider d’accepter, subir ou résister.

Tu as infiniment plus de pouvoir que tu ne te le reconnais.

Fais-moi confiance.

Après tout, je viens du futur, alors je sais. J’ai au moins le recul des ans pour pouvoir te le dire : rien ne se passe jamais comme prévu.

Alors arrête de prévoir, arrête de prémunir, cesse de prévenir, cesse de retenir. Lâche. Réagis. Mieux encore : agis. De toi-même. Ça fait peur au début, comme un funambule affronte le vide. C’est normal. Et comme un funambule, on s’y habitue. Et je vais te dire un secret : on finit même par kiffer, parfois, l’indescriptible vertige au bord de l’inconnu.

Je suis désolée pour tout. Surtout pour t’avoir laissée seule, lorsque j’aurais dû t’embarquer avec moi, à l’aventure.

La vie est incertaine mais c’est ça qui fait son charme, tu sais. Le confort est une illusion à laquelle tu t’accroches tant que tu n’as pas goûté à l’exquise ivresse de la liberté.

Mais ne me fais pas confiance, je ne suis qu’une inconnue prétentieuse, arrogante.

Fais-toi confiance lorsque le moment sera venu. Ce sera le bon moment.

Je t’aime, même si tu en doutes, et au cas où tu aurais besoin de l’entendre : je t’aime sans condition. Tu ne nous as pas trahies, tu as fait ce qu’il fallait pour survivre. Et tu as survécu. Félicitations.

Maintenant, il est temps de vivre.

 

Du premier au dernier souffle : back to basics

J’ai une relation épistolaire un peu particulière avec le moniteur de mon baptême de plongée. Dès que je passe un cap, une marche, un niveau, je le lui raconte par mail. Il voyage beaucoup, donc il me répond parfois plusieurs semaines plus tard.

C’est marrant. Ça fait plus de deux ans que je ne lui avais pas écrit. Et puis, il s’est passé un truc en plongée aujourd’hui. Alors je lui ai écrit. Et comme j’en tire pas mal de leçons perso, je me suis dit que ce texte avait sa place ici.

À mon moniteur de baptême

Salut,

J’espère que tu vas bien, et que les courants te gardent dans les mers chaudes. Je ne sais plus de quand date notre dernière correspondance, je crois que j’attendais la fin de mon Dive Master pour te raconter ce périple, mais une autre histoire a chassé celle-ci (j’y reviendrai).

Je te raconterai mon passage en Indonésie, bien sûr, mes amours avec les requins de récifs (SI MIGNONS oh là lààà), mais avant ça, j’ai besoin de te raconter ce que j’ai vécu aujourd’hui.

Mon premier essoufflement.

C’est fou, cette sensation d’étouffer alors même qu’on est branché à un distributeur d’air. C’est comme mourir de soif à côté d’un torrent : c’est idiot.

Je suis à Niolon, pour deux semaines de préparation et passage du Niveau 3. J’ai désormais plus de 100 plongées au compteur, et une formation de Dive Master à la ceinture (même si je n’ai pas du tout exercé, c’est une autre histoire !).

Lundi après midi, plongée de reprise. J’étais allée passer deux week-ends à Cap Croisette fin mai et début juin, histoire de remettre les palmes dans les eaux fraîches de la Méditerranée. Et surtout, histoire de me réacclimater à l’évolution sous-marine flanquée d’une combi intégrale + sharkskin + surveste dont cagoule, après avoir passé, à l’été 2016, cinq semaines à plonger dans la mer de Sulawesi, du côté de Bira, en Indonésie. J’y plongeais en shorty avec 1 ou 2 kilos max. Trois, quand il fallait prendre du rab pour lester un client trop léger au palier de principe. Bref.

Août 2018, soit deux ans plus tard, je débarque à Niolon, et j’ai l’impression de réapprendre à plonger. Ma stabilisation est hésitante, ma position dans l’eau n’est pas propre, ne parlons pas de mon lâcher de parachute… Note artistique : points bonus pour l’originalité, mais note technique : médiocre !!

Je ne m’inquiète pas, c’est comme le vélo, ça reviendra à force de pédaler : patience et persévérance. Je sais.

J’en arrive à ce jeudi 16 août, au matin. Je suis un peu fatiguée, mais pas vraiment plus que d’habitude, c’est normal, c’est la fin de semaine et l’eau est vraiment froide.

On embarque, c’est vrai que c’est speed à Niolon, quand 4-5 palanquées envahissent l’embarcation, mais c’est aussi une organisation bien rodée : c’est fluide, et les bateaux sont pensés pour. On arrive sur site, je vérifie 4 fois que ma bouteille est bien ouverte, et je sais que je fais ça quand je suis stressée : je fais mes checks sans enregistrer que je suis en train de les faire.

Mise à l’eau saut droit sur le côté de l’embarcation, c’est vrai qu’elle est froide. On palme quelques mètres sur le dos pour s’éloigner du bateau et descendre dans le bleu. Ça va. J’aime pas la surveste avec cagoule, ça me serre de partout, mais bon, l’eau est VRAIMENT froide, honnêtement je ne peux pas faire sans.

Immersion. Je tente un phoque, coup de palme vers le haut, je vide mon gilet, j’expire… et je ne descends pas. Je bascule en canard, et je ne descends pas. J’ai 3 kilos de leste, c’est juste mais normalement ça passe. Si ça se trouve c’est un problème de lestage. Je descends pas. Je palme plus fort. Je déteste cette cagoule, j’ai de l’eau dans le masque, mais pas de problème, je me redresserai à 6 mètres et je ferai un vidage de masque. Je palme plus fort.

Putain mais enfin j’arrive à 6 mètres, je me redresse, et j’arrive pas à vider mon masque. Y a rien qui sort. Je ventile beaucoup, je souffle par le nez et y a rien qui sort. J’ai de l’eau jusqu’à mi-masque.

Et là, un message d’erreur flashe dans mon cerveau, en gros, en rouge et noir :

TU NE RESPIRES PLUS.

Tout ce que je te raconte se déroule en l’espace de quelques secondes, mais ça m’a fascinée : au moment où le message d’erreur apparaît, j’ai deux protocoles d’urgence qui se déclenchent simultanément.

Comme si deux écrans se déroulaient devant mes yeux : côté droit, l’instinct de survie primaire. Côté gauche, le protocole appris, réappris, mémorisé, ancré dans les automatismes de mon pedigree de plongeuse.

L’instinct me dit : tu ne respires plus, vire tout ce que tu as sur la gueule et prends une grande inspiration !!!

Ma main droite s’approche de mon visage.

Le protocole de réaction me dit : quoiqu’il arrive, on garde le détendeur en bouche. ON GARDE. LE DÉTENDEUR. QUOIQU’IL ARRIVE.

Ma main droite plaque le détendeur sur ma bouche, pour m’empêcher de le cracher.

J’ai de l’eau à mi-masque, donc tout le nez immergé, ce qui ne m’aide absolument pas à rester calme.

L’instinct de survie dicte : OK, SURFACE !! MAINTENANT !!

Je lève les yeux : elle est à quelques mètres au-dessus de moi. Un coup de palme et j’y suis.

Le protocole de réaction, pendant ce temps, a établi un diagnostique. Et enfin, le message d’erreur « Tu ne respires plus » est remplacé par l’identification du problème, et je vois :

« ESSOUFFLEMENT »

L’instinct de survie est toujours bloqué sur RESPIRE – SURFACE, mais le protocole de plongée prend le relai : souffler, communiquer.

Je commence à essayer de souffler mais bien sûr je n’y arrive pas car je suis toujours en pleine panique. J’attrape le regard de mon binôme, juste à ma droite : je fais des gestes erratiques parce que l’information « essoufflement » n’est pas encore arrivée à la zone cérébrale permettant de générer le bon geste. À ce stade, je fais signe « ÇA VA PAS » des deux mains, et j’indique « fin de plongée » faute de savoir quoi faire d’autre.

Pas de réaction de mon binôme. L’instinct de survie remet une couche de RESPIRE – SURFACE !!!

Le protocole de plongée me rappelle que je ne suis pas seule sous l’eau : j’attrape le regard du moniteur, à quelques mètres derrière mon binôme. Et là, enfin, un message d’action : deux coups de palmes et je peux être accrochée à lui, et le laisser m’aider.

Bon, à ce stade, je ventilais toujours comme un boeuf en sueur, donc j’étais en train de remonter naturellement à la surface : le protocole de plongée avait quand même pris le dessus, donc je ne faisais qu’expirer, sans palmer, même si c’était trop rapide et pas assez profond pour réussir à rester immergée à ce stade. J’étais tête en haut, voies dégagées, et pas en train de bloquer sur inspiration. C’était déjà ça.

En surface, évidemment ça allait tout de suite mieux, mais j’étais sonnée par le choc de ce qui venait de se passer.

Donc c’est ça, un essoufflement. C’est ça, qu’il peut se passer pendant une plongée ? C’est ça, la sensation d’étouffer ? C’est ça, les réflexes de survie qui se déclenchent et peuvent t’amener à aggraver drastiquement la situation, si tu n’as pas ancré dans tes réflexes ceux qui te sauvent, et qui permettent de désamorcer ceux qui te tuent ? Wow.

Tu sais, je me considère très bonne plongeuse. Pas en tous points bien sûr, mais au moins en celui-ci : ma capacité à prendre les bonnes décisions pour ma sécurité et celle des autres. Et ça commence par renoncer à plonger quand tu ne le sens pas.

En surface, le moniteur me calme, zen. Évidemment, tout ceci s’est déroulé en quelques secondes, à 6 mètres, en moins de deux minutes. Pas exactement une situation gravement accidentogène. Tout va bien.

Je reprends mon souffle, il me demande si je veux y retourner. Je réfléchis, et je dis à voix haute :

« Je crois que je vais essayer de redescendre une fois, et si ça passe pas j’arrête »

Il me répond « OK »

Je prends encore quelques respirations, toujours sur le dos, mer calme… Et c’est comme si tout mon esprit se mettait à clignoter rouge.

Non.

Non bien sûr, je ne vais pas y retourner dans ces conditions. On partait pour aller chercher 40 mètres, je viens de faire un essoufflement à 6 mètres, évidemment non, je ne repars pas. Je lui dis :

« Non en fait je vais m’arrêter là. Ça va, mais je m’arrête là pour ce matin ».

Ils repartent pendant que le moniteur qui faisait la sécu sur le bateau me regarde m’en approcher, toujours sur le dos. Au pied de l’échelle, je lui demande de me surveiller, je veux faire un test de lestage. J’ai besoin de savoir si c’est le lestage, le problème.

Immobile, gilet vide… Je m’immerge jusqu’au milieu des yeux. Exactement comme dans les manuels… C’était pas le lestage.

Je me déséquipe sur le bateau, et je retourne immédiatement à l’eau, juste en palmes et combinaison : besoin de rester au contact de l’eau froide, de cette houle si douce ce matin, pour ne pas rester sur cette sensation d’hostilité paralysante.

Et surtout, besoin de me laisser ressentir tout ce qui vient de se passer : j’ai fait un essoufflement, à 6 mètres, sur une immersion après un saut droit du bateau dans une mer calme, soleil, pas de vent. Lestage affiné à la lettre des manuels. C’est ma 12ème plongée cette saison, la 6ème cette semaine, sur un site que je connais.

Je crois que c’est ça qui m’a le plus secouée, dans cette expérience : l’absence de facteur favorisant. Les conditions étaient parfaites !! Alors quoi ?!

C’était un choc, mais si je te raconte tout ça, c’est aussi parce que c’était une expérience enrichissante. Bouleversante, mais enrichissante.

Déjà, je suis ravie d’avoir ressenti ce qu’était un essoufflement. Je pense que ça m’aidera à mieux réagir le jour où j’aurai à gérer ça sur quelqu’un d’autre.

Ensuite, je suis RAVIE d’avoir vécu ça à 6 mètres, plutôt qu’à 36 mètres. Parce qu’à 6 mètres, même si l’instinct de survie avait gagné le bras de fer, je ne risquais pas grand chose (ok la surpression pulmonaire si vraiment je bloquais poumons pleins à 6 mètres. Tout juste).

Enfin, même si c’est la partie de cette expérience qui m’est le plus difficile à assimiler pour le moment… C’est une excellente chose pour moi d’avoir vécu cet essoufflement sans qu’il n’y ait aucune raison, aucune « faute », rien.

J’ai pas bu d’alcool la veille, j’ai mangé normalement, j’ai petit-déjeuné normalement, je me suis correctement hydratée, rien n’était nouveau, rien rien rien aucune raison.

Je crois que j’avais un peu trop pris la confiance, ces deux dernières années. J’ai vu trop de « mauvais petits gestes » pendant ma formation PADI, trop de « petits défauts » chez les autres, moi qui ai été formée « à l’école UCPA », et quasi-exclusivement à « l’école de Niolon », dont la réputation n’est plus à faire.

Oui, je me considérais comme une très bonne plongeuse, parce que je prends les bonnes décisions pour ma sécurité et pour celle des autres, et DONC il ne m’était jamais rien arrivé. J’avais oublié, je crois, qu’une très bonne plongeuse n’est pas seulement celle qui sait anticiper les incidents et les résoudre avant qu’ils ne posent problème.

Être une très bonne plongeuse, c’est aussi, et c’est primordial je pense : savoir réagir. Surtout quand le problème qui se pose n’aurait pas pu être anticipé.

J’avais oublié, je crois, qu’en plongée, tous les problèmes qui se posent ne peuvent pas être anticipés. (C’était pourtant pas faute d’avoir été rappelée au fait que la majorité des accidents de décompression surviennent alors que les plongeurs ont respecté leurs paramètres de sécurité : et oui j’ai validé mon RIFAP cette semaine, au passage.)

Lorsque ma palanquée est remontée sur le bateau, je leur ai raconté toute la partie sur le message d’erreur, et le double écran survie contre protocole.

Je me suis rendu compte que j’étais encore stressée lorsque j’ai allumé mon téléphone, juste avant le déjeuner. Plusieurs SMS de mon boulot, me demandant une intervention. Ça m’a direct fait monter la pression de zéro à cent, alors même que les demandes n’étaient pas vitales, loin s’en faut.

J’ai immédiatement envoyé un message à mon chef, pour lui expliquer brièvement que ma matinée avait été *compliquée* et que j’aimais autant ne pas avoir à mettre la tête dans le taf si ce n’était pas urgent et bloquant pour les équipes sur place, parce que j’avais besoin de garder la tête ici, à Niolon, et de reprendre mes esprits.

De retour au pôle technique pour l’équipement l’après midi, je n’en menais pas large. J’avais l’impression d’être tombée à cheval le matin, et qu’il fallait que je remonte dessus le plus vite possible, sans quoi j’allais juste nourrir la peur d’y retourner.

Alors même que mon lestage n’était pas en cause, j’ai repris un kilo supplémentaire. C’est psychologique : vu que je sais que c’était pas ça le problème, je m’alourdis, et je cherche ailleurs les causes de mon déséquilibre à la descente. (Et à la remontée, car écoute #JeudiConfession : la veille, lors de la plongée précédente, j’avais éclaté un palier de principe à 2 minutes. Pouf le bouchon !!! Pourquoi ? Mystère. Je l’avais tenu sans vraiment lutter les 4 plongées précédentes, à conditions constantes. Étonnant.)

Le moniteur, d’habitude bien plus énergique et beaucoup moins patient avec notre groupe aux niveaux très hétérogènes, est très zen cet après-midi. Il me ménage, et j’apprécie : je suis (un peu trop ?) focalisée sur mon souffle, je m’écoute, j’essaie de repérer une éventuelle montée de stress, et surtout, sa cause.

On s’équipe, je vérifie 4 fois que ma bouteille est ouverte mais j’oublie de défaire la boucle que je fais sur le détendeur pour qu’il ne traîne pas par terre ; un autre plongeur me le libère alors que j’ai déjà le bloc sur le dos. Je l’attrape, il se met à fuser. Vraiment, est-ce mon jour ??

Mise à l’eau. On palme quelques mètres sur le dos pour trouver le bleu, derrière le bateau. On se calme en surface, tout le monde me regarde et attend que JE dise « OK ça va on peut descendre », évidemment.

Immersion. Je la foire environ pareil que le matin, avec quand même l’impression de moins lutter, parce que là j’ai 1 kg de plus donc faut pas déconner.

Le coeur augmente. Le rythme de ventilation aussi. Cette fois-ci je réagis : je souffle. Je me calme. Tête en bas, je palme. Je suis à 6 mètres, je me redresse. Stabilisation (un peu hésitante) (« Rien du tout t’étais pas stabilisée » aura débriefé le moniteur) (ouais il a pas tout à fait tort mdr).

On descend dans le bleu pour trouver 18 mètres, et pendant la descente… J’avais une sensation étrange. Comme si je comprenais pour la première fois que ce que j’étais en train de faire n’était pas anodin. J’ai eu peur, ouais. J’ai eu peur ce matin en m’étouffant sans raison, et j’ai eu peur cet après-midi, en tombant dans le bleu, en réalisant que j’étais en train de m’enfoncer dans un milieu hostile.

Je le savais déjà, mais c’était la première fois que je le ressentais vraiment. Oui, c’est comme si j’étais remontée à cheval après une chute, et que pour la première fois, j’avais compris que c’était un animal puissant, capable de me briser tous les os du corps. Pas juste « une monture ».

Bref. 18 mètres. On s’entraîne à ressentir la bonne vitesse de remontée au gilet (ouais je sais c’est du N2 mais on a fait de la merde sur les premières plongées donc on revoit les bases).

Je suis mal stabilisée. Je suis trop lente.

On redescend et on commence l’explo. Le moniteur intervient deux fois parce qu’on manque le chemin du site (bon la première fois j’y étais, je voulais JUSTE voir la patate avant de bifurquer, mais la deuxième fois c’est moi qui le fais intervenir parce que je trouve pas la putain d’arche, et j’ai pas l’impression que mes deux trinômes sont plus avancés que moi.)

Le moniteur nous arrête tous les trois à un moment pour nous faire une démonstration de palmage, parce qu’on est jambes pliées, à pédaler. (Qui suis-je ??? Qu’est-ce qui me prend ??!)

On ne retrouve pas le bateau. On sort au parachute dans le bleu, à 100 mètres du bateau : je suis partie plein ouest, le bateau était nord-ouest.

Lâché de parachute mi-gonflé : je commence la manoeuvre à 6 mètres, je la termine à 9 mètres. HALLUCINANT !

Je tiens le palier en gardant mon parachute dressé, mais finalement je commence à remonter malgré moi, donc je lâche l’affaire avec le parachute, qui s’affaisse complètement, et je tiens mon palier à 5 mètres.

Mon dieu. Sans doute l’une de mes pires plongées, d’un point de vue technique. Indigne d’un niveau 3, et même indigne d’un niveau 2, j’en ai conscience.

Mais je me souviendrai de cette plongée. Parce que c’était la première de ma nouvelle vie de plongeuse : avec la peur. Avec la conscience que tout peut arriver à n’importe quel moment. Avec l’humilité de cette prise de conscience, et avec la nécessité de retrouver et reconstruire la confiance en mes acquis.

Je ne suis pas une très bonne plongeuse parce que je prends des bonnes décisions, que je suis forte en théorie et que je suis à cheval sur la sécurité.

Je suis une très bonne plongeuse parce que je n’aurai jamais fini d’apprendre à plonger, parce que je ne perdrai plus la peur ni l’humilité indispensables à cet apprentissage.

Plongée n°121 : 7,5 mètres, 1 minute.

Et si j’ai eu besoin de te raconter tout ça, c’est parce que j’ai pensé à toi, quand je me suis remise à l’eau juste après l’essoufflement, que je me suis passé image par image cette séquence d’à peine quelques dizaines de secondes.

Il y a eu ce moment, quand j’ai compris que c’était un essoufflement, que le protocole m’a dit “EXPIRE” et m’a fait chercher des yeux le moniteur : j’avais déjà vécu cette scène, cet instant précis. Le jour de mon baptême, juste quand tu me récupères après la bascule arrière, que je suis poumons pleins, yeux exorbités, que tu me fais signe de souffler et que je secoue la tête en réponse parce que je peux pas, impossible, je vais me noyer, et que tu insistes, le regard zen : si, fais-moi confiance, souffle.

Je souffle.

Et tu connais la suite 🙂

C’est quand même fou d’avoir oublié d’expirer profondément, alors que c’est littéralement la toute première leçon de plongée que j’ai prise !

Épilogue

De retour sur le bateau, le moniteur nous débriefe. Il a regardé mon immersion et bien sûr que je galère : j’ai fait n’importe quoi. Mi-phoque, mi-canard, mi-j’essaie de descendre à plat ventre. Donc en fait il y avait bien une cause à toute cette histoire : où est passée ma technique d’immersion ?!

Également : nous étions sur le site de l’Arche du Moulin, à Niolon. Pour l’anecdote : c’est là que j’avais fait ma toute première plongée en autonomie, N2 fraîchement validé. Avec mon binôme, nous avions trouvé l’Arche ET le bateau, dans une purée de pois je dois dire. C’était pas mer calme et grand soleil comme aujourd’hui.

¯\_(ツ)_/¯

Moralité ? C’était dans le texte : je ne perdrai plus la peur ni l’humilité indispensables à cet apprentissage.

N’oublie pas d’avoir 15 ans

N’oublie pas d’avoir 15 ans.

N’oublie pas les couleurs du soleil à travers les feuilles du cerisier. Tu sais, celui dans lequel tu avais accroché ton hamac. Ce hamac, à 4 mètres de hauteur, qui donnait des sueurs froides à ta grand-mère, alors même qu’il n’était qu’à quelques centimètres d’une pieuvre du tronc. Mais tu pouvais laisser pendre tes jambes, et tu adorais la caresse des vents d’été à travers tes orteils.

N’oublie pas la caresse tiède des vents d’été sur ta peau nue. C’est elle qui te ramenait toujours à ces instants, que tu imprimais dans ta mémoire pour pouvoir en chérir le souvenir lorsque l’hiver, le froid et la solitude auront chassé la béatitude de ces jours éternels.

N’oublie pas le bruit que font les feuilles lorsque la brise estivale les chahute délicatement. N’oublie pas cette musique imperceptible qui berçait tes heures de contemplation. N’oublie pas les fortissimo de ces gammes qui te tiraient de tes siestes estivales.

N’oublie pas l’empreinte des sourires que ces journées d’été tiraient sur ton visage. Elles étaient des patrons censés guider tes traits lors de ces journées mornes, où les sourires étaient plus rares.

N’oublie pas ces moments d’éternités, dont la richesse t’émerveillait. Ces moments que tu savais éphémères, et précieux pour la même raison. Ces instants insaisissables, que tu passais des heures à capturer en mémoire, comme si le bonheur pouvait se conserver en bocaux. Comme ces groseilles que ton grand-père cueillait au même moment.

N’oublie pas d’avoir 15 ans quand la pluie noie les rues et transforme les trottoirs en parcours d’obstacles. N’oublie pas les défis que te tendait cette pluie lorsqu’elle te surprenait.

N’oublie pas le spectacle colérique des orages, capables d’arrêter le temps, d’éclater le silence et de déchirer les ténèbres en l’espace d’un instant.

N’oublie pas que c’est toi qui laisse entrer l’orage sur tes souvenirs d’été. C’est toi qui commandes la pluie, la même qui ternit tous tes cieux et trempe tes paysages.

N’oublie pas ces sourires, ronds comme des arc-en-ciel, effronterie d’un ciel violenté par l’orage. N’oublie pas cette défiance espiègle et mutine qui t’étais si naturelle quand tu avais 15 ans.

N’oublie pas que tu auras toujours 15 ans tant que ton âme rebelle protègera ton âme d’enfant.

N’oublie pas d’avoir 15 ans quand les adultes tristes t’appelleront dans leurs rangs.

N’oublie pas d’avoir 15 ans lorsque l’envie de sentir l’herbe chaude entre tes orteils naîtra dans ta poitrine.

N’oublie pas d’avoir 15 ans à chaque fois que ta mélancolie se fondra dans le présent.

N’oublie pas d’avoir 15 ans à chaque fois que ta tristesse pèsera trop lourd pour tes épaules fragiles. N’oublie pas qu’à 15 ans, tu aurais soulagé Atlas sans hésiter un instant.

N’oublie pas qu’à 15 ans, ta force n’avait pour limite que celles que te soufflait le temps.

N’oublie pas qu’il avait tort, et que 15 ans plus tard, le temps t’a menti.

N’oublie pas qu’il sera toujours temps de te sentir aussi puissante, aussi insouciante, aussi inconséquente que lorsque tu avais 15 ans.

N’oublie pas d’avoir 15 ans quand tu liras ce texte. Quand tu te seras perdue dans tes obligations. Je l’ai écrit à la négation car c’est la langue que tu comprendras toujours, même quand tu ne t’écouteras plus.

N’oublie pas qu’en mathématiques, la négation s’annule dans le produit. Quand tu me reliras, au plus bas de toi-même, quand tu seras toi-même la négation de ton être, cette négation s’annulera.

Et tu te rappelleras.

Je t’aime et je suis fière de toi. Tu as juste oublié d’être heureuse. Comme lorsque tu avais 15 ans.

PS : si tu as oublié comment avoir 15 ans, raccroche-toi à la liesse des fêtes populaires, à l’émotion des mariages, et même à celle des enterrements. Raccroche-toi à ces fêtes, incommensurablement tristes ou démesurément joyeuses : elles te rappelleront à l’excès que tu nommais équilibre lorsque tu avais 15 ans.

N’oublie pas d’être heureuse : ton crédit de bonheur court depuis que tu as eu 15 ans. Il est plus que temps de dilapider cet héritage qui n’a de valeur qu’au présent. 

Lose the round, win the fight

« Vous avez déjà entendu parler de l’endométriose ? »

C’est étrange, de perdre un bras de fer contre soi-même.

C’est étrange, aussi, de poser une question à laquelle il n’y a aucune bonne réponse. Pas de réponse n’est pas une bonne réponse. Toutes les réponses connues sont des mauvaises réponses.

C’est étrange, d’être malade à cause de l’étranger en soi.

C’est la définition même du cancer, n’est-ce pas ? Un corps étranger qui se développe, caché dans ton corps, jusqu’à ce qu’il interfère avec le fonctionnement normal de ton organisme.

Reprends ton « cadeau » empoisonné, Mère Nature

Tous les mois, environ, souvent un peu plus, parfois un peu moins, il fait des siennes, cet organe que je n’ai jamais demandé, mais qui apparemment, est installé en série.

De « mauvais moment à passer », mes règles sont devenues un moment qui ne passe plus.

Il a fallu que pour le 4ème mois consécutif, je me retrouve prostrée, prise de tremblements, de violentes nausées, de diarrhées, que je gémisse et que je pleure de douleur pour trouver enfin la force de m’avouer vaincue.

Non, je ne tiendrai pas. Non, je ne peux pas « serrer les dents » quelques heures par mois, un ou deux jours tout au plus. Je ne peux plus miser sur ma capacité à supporter cette douleur : l’idée même de cette douleur m’est déjà insupportable. L’idée de sa normalité m’est intolérable.

Dimanche soir, la douleur a dépassé le seuil de ce que je pouvais endurer. Je me suis brûlé la peau avec la bouillotte médicale, j’ai failli m’assommer, j’ai hésité à me blesser pour pouvoir appeler les pompiers, qu’on vienne me chercher, qu’on me shoote un anti-douleur vraiment efficace et qu’on m’emmène à l’hôpital.

Au lieu de ça, j’haletais comme un cheval à l’agonie, qui attend d’être abattu : pourvu que ça s’arrête.

Je ne veux ni d’une maladie inconnue, ni d’une maladie incurable

Ça ne s’arrêtera pas.

La sage femme m’a posé une batterie de questions sur moi, sur ma vie, sur les cycles de la douleur, ses intensités, tout. Quand elle m’a demandé si j’avais déjà entendu parler de l’endométriose, j’ai voulu lui répondre que je ne voulais pas en entendre parler.

Je ne veux pas d’une maladie incurable.
Je ne veux pas d’une maladie qu’on ne peut que gérer, et qu’avec des hormones.
Je ne veux pas d’une maladie dont on ne peut se débarrasser que par l’ablation de l’utérus, et encore, sans garantie de ne plus jamais subir des relents d’attaque. Un putain de cancer, cette saloperie.

Je ne veux pas non plus rester sans réponse.

J’écris ce soir parce que demain, je vais subir une échographie pelvienne et endovaginale, à la recherche de signes d’endométriose.

Je ne veux pas rester sans réponse, et je ne veux pas de la seule réponse accessible : c’est l’endométriose ou c’est pas l’endométriose.

Je ne veux plus souffrir

J’ai mal. Une partie de mon corps produit chaque mois une douleur que le reste de mon corps n’encaisse pas. Ça ne peut pas être normal, ça ne peut pas rester sans réponse.

Je ne peux plus accepter cette situation, je n’en peux plus de subir cette situation, et c’est bien là le noeud de mon problème: entre subir et choisir, la distinction est parfois ténue, mais il y a toujours la possibilité de choisir, tant qu’on peut choisir l’acceptation.

Or, je n’accepte plus cette souffrance.

Peu importe la réponse qu’on me donnera dans les semaines à venir, ce sera une mauvaise nouvelle. Il n’y a pas de bonne nouvelle quand il n’y a pas de solution.

Et si je pleure ce soir, c’est que je termine le deuil d’une partie de moi qui a pris trop de place dans ma vie, qui m’a causé trop de souffrances, et dont je dois envisager de me séparer, avec les risques que cela comporte.

C’est la pire des trahisons : celle de ta propre chair.

J’en peux plus. J’ai vraiment plus la force. Alors, j’ai perdu le bras de fer.

J’hésite : je ne sais pas si je préfère une réponse sans solution, ou des solutions sans réponse. Mais si, au fond, je le sais.

Je me satisferais de : ne plus souffrir. Et ne pas finir aux urgences avec un couteau en céramique planté dans le bas-ventre.

Je n’aurai sans doute pas de réponse, mais je ne cherche pas des réponses, je veux des solutions.

Take your losses.
Quit this round.
Breathe.
Get back up.
Win the fight.

Impuissance

D’abord, un choc assourdissant, qui te laisse débile. Un coup dans la tête, qui te fait perdre l’équilibre. Un coup dans l’estomac, qui te fait perdre l’appétit. Un coup dans la poitrine, qui te coupe le souffle.

Et puis, la chute. Tu t’allonges le temps de reprendre tes esprits, mais le poison qui s’infiltre et se répand dans tout ton organisme te paralyse.

Le lit qui te soutient devient ton sarcophage: il t’engouffre, t’engloutit. T’immobilise.

Tu respires à travers un masque de plomb, fondu sur les os de ton crâne. Tu le sais, parce que tu le sens: ses pattes métalliques pénètrent tes sinus, les tréfonds de ta boîte crânienne. Chaque mouvement trop soudain déclenche une décharge électrique, suivie d’un coup de massue.

Alors, tu ne bouges plus. Jusqu’à ce que la douleur disparaisse, et que tu oublies qu’elle reviendra. Immobile, ça va. Alors, tu te lèves, et le masque de plomb t’étouffe, le coup de massue t’assomme.

Tu te recouches. Tu ne dors pas, parce que tu respires mal à travers le masque de plomb. Tu restes prostrée. Attendre que ça passe. La patience est la seule force que tu peux actionner sans faire un mouvement. C’est la seule force qui te reste.

L’impuissance est un état vertigineux. La sensation de ne plus avoir les pieds sur terre ni la tête sur les épaules, et en même temps, sentir le poids du monde écraser ces épaules, la peine du monde t’éclater la tête, le passage du temps éroder tous tes membres.

À chaque fois, je suis impressionnée, à tel point que j’oublie. Et la fois suivante devient une première fois, parce que j’ai oublié le poids du sarcophage, et du masque de plomb.

Cette fois-ci, le poison était dans mes poumons. Insupportable niveau d’impuissance, rarement atteint. J’ai cherché dans ces souvenirs que je n’appelle pourtant jamais, ceux des impuissances passées.

Trois visites chez un médecin pour une maladie, ce qu’il fallait pour trouver le bon antidote. La bonne combinaison de pilules pour réussir à faire fondre le masque.

Parfois je me dis que c’est dans ma tête. Que c’est ma peur de la pollution qui me colle ce masque de plomb. Mais cette fois, c’était loin de ma tête, jusqu’à ce que la toubib pose le diagnostic. Ça ne m’avait même pas traversé l’esprit.

Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait, mais pour une fois, j’ai écouté. Démonstration par l’exemple qu’on peut écouter sans comprendre, c’est une question de volonté.

J’ai regardé mon corps s’effondrer, s’enliser dans le sarcophage, lutter vainement quelques instants contre le masque de plomb avant de rendre les armes.

Je me suis regardée, à quelques pas de moi-même, impuissante. Et j’ai accepté cet état, moi qui l’ai tant nié, aggravant mes blessures à lutter sans ressources contre des forces qui me dépassaient.

Pour une fois, je me suis écoutée. Impuissante, certes, mais pas encore battue. Ni obstinée.

C’est sans doute la première fois depuis longtemps que je gagne un bras de fer seulement par la patience. Aucune autre force, puisque je n’en avais plus.

Ironique, n’est-ce pas ? Que la dernière de mes forces soit la patience.

À méditer.

«Check your ego at the door» is the reason why I never cross the threshold

J’ai besoin de me construire un ego.

Wow, nan mais la meuf. Voilà la première pensée qui m’a traversé l’esprit après avoir écrit cette phrase. Évidemment. J’ai tellement pas d’ego que la simple envie d’en construire un me déclenche une réaction de « calme-toi bien et dégonfle un peu ». C’est exactement le fond du problème.

J’ai besoin de prendre un peu de place, ça ne veut pas dire « j’vais tout écraser sur mon passage ». Mais dans ma tête, si.

« Sois gentille », ne dérange pas

Tout ça remonte au « sois gentille» de mon enfance, l’injonction à être sage, sous-entendu : ne pas déranger. Ne pas déranger les adultes, ne pas déranger les autres enfants, ne pas faire chier qui que ce soit d’aucune manière.

Sois gentille, mais aussi sois humble, sois modeste, sois ouverte d’esprit, sois souple, adapte-toi à toutes les situations.

Que des bons conseils, le problème, c’est que j’ai d’abord appris à respecter les autres, toutes leurs frontières et toutes leurs exigences, avant de poser les miennes.

J’ai 30 ans, je suis face à la mer, et je me demande : qui suis-je, et de quoi ai-je envie dans la vie ?

Tu me diras, c’est toujours mieux de se poser la question à 30 ans qu’à 80, certes, n’empêche que ça reste hallucinant d’avoir vécu trois décennies sans réfléchir à ces deux questions.

Surtout que j’ai une très bonne idée de ce que mes proches veulent pour moi dans ma vie. Des gens qui ne sont pas moi ont, depuis longtemps déjà, réfléchi à ce que je pourrais être, ce que je pourrais faire, ce que je pourrais devenir.

Et moi non, en fait.

Tu vaux mieux qu’un couteau suisse

Parce que mon but dans la vie, c’est d’être utile. Ok cool, sauf que je suis une personne, pas un couteau suisse, donc j’ai potentiellement la place pour être autre chose que « juste » utile, dans ma vie. Et même un couteau suisse a plusieurs fonctionnalités, c’est dire si moi aussi, j’ai le droit d’être plusieurs choses à la fois.

(Même pour écrire ça, faut que je me justifie en invoquant un couteau suisse. Ce serait risible si c’était moins dramatique).

Donc. J’ai besoin d’ego. Je me suis dit ça aujourd’hui en me demandant pourquoi je me laissais autant arrêter par la peur, dans la vie.

La réponse étant : parce que je ne pense pas réussir à dépasser ces peurs. Pourquoi ? Parce qu’elles sont plus fortes que moi. Pourquoi je pense ça ? Parce que je ne m’accorde pas assez de crédit, pas assez de valeur.

Pourquoi ? Parce que j’ai très peu d’ego, quand j’y réfléchis.

J’ai très peu d’ego dans le travail, ce qui a toujours été uniquement un avantage, de mon point de vue. Je ne suis jamais vexée quand on me dit « c’est naze, recommence », quand quelqu’un critique ce que je fais. Je prends très facilement les commentaires sur ce que je fais : ce n’est pas moi. C’est ce que je fais.

C’est plutôt sain, comme approche. Le vrai problème à ne pas mettre du tout d’ego dans mon travail, c’est que je suis incapable d’en reconnaître et d’en apprécier les réussites. Quand on me fait un retour positif, dans ma tête, je capte un retour inutile. C’est normal si c’est bien. Dites-moi ce qui ne va pas pour que je puisse l’améliorer la prochaine fois.

Il est temps de remettre de l’ego dans mon travail

J’ai besoin d’avoir ENVIE de monter au créneau lorsqu’un sujet me parle, me touche, m’inspire, m’intéresse, me passionne.

J’ai besoin d’avoir LA RAGE d’être la première à m’en emparer, la plus pertinente dans le choix de mon angle, la plus précise et la plus rigoureuse dans l’exécution.

J’ai besoin d’être FIÈRE de mes résultats, de ce que je produis, de mes actions, de mes mots.

Je suis déjà exigeante envers moi-même, surtout dans le travail, mais cette équation est déséquilibrée si je ne mets pas en face LA FIERTÉ qui doit être le fruit de mes exigences.

C’est Aude GG qui me disait : « soyez exigeantes dans le travail, ambitieuses dans le projet ». Je ne peux pas continuer à être aussi exigeante avec moi-même si je ne mets pas en face l’ambition et la fierté.

Il est temps de remettre de l’ego dans mes relations

Bien sûr que je suis incapable de vivre en couple : je ne sais pas faire respecter mes propres limites, évidemment que la perspective de partager ma vie avec quelqu’un me file des sueurs froides. Ça veut dire faire des compromis partout, tout le temps, tous les jours de ma vie… L’angoisse, vu que ma propre définition du compromis consiste à céder tout, tout le temps, au bénéfice de l’autre.

Épatant. Sur cette base, il est évidemment impossible de construire une relation saine. J’arrive à avoir des ami•es uniquement parce que je ne vis pas avec eux, je ne les vois pas tous les jours.

C’est aussi comme ça que j’ai toujours réussi à équilibrer mes relations en colocation : sortir de l’appart quitte à passer la journée au cinéma, quand j’ai besoin de retrouver « mon espace ».

Expliquer à l’autre en quoi son comportement empiète justement sur cet espace est au-dessus de mes forces : je ne saurais même pas par quoi commencer… Je suis incapable d’expliquer en quoi tel ou tel comportement m’affecte, je sais juste que j’ai besoin de partir, alors c’est ce que je fais.

Remettre de l’ego dans mes relations, c’est réfléchir au sens que je leur donne. Qu’est-ce que j’apporte, mais aussi qu’est-ce que j’en retire ? Oui voilà, ça va, c’est pas un gros mot : une relation, c’est un échange. Qu’est-ce que je ramène, mais aussi : qu’est-ce que je viens chercher ?

M’autoriser à me poser cette question, et réussir à y répondre, ce sera la clé de mes futures relations pro, perso, amicales, amoureuses, etc. Des relations dans lesquelles j’existerai parce que je suis capable de faire respecter mes besoins, mes envies, mes limites, parce que je suis actrice de cette relation. (Par opposition à l’heure actuelle, où mes relations qui marchent sont celles où l’autre me respecte « à l’instinct » (sans que j’aie eu à contribuer), ou encore celles où je m’investis très peu.)

Il est temps de me construire un ego, dans la vie

Cinquième « pourquoi » de ma série : alors, pourquoi j’ai aussi peu d’ego, dans la vie ?

Je m’en souviens comme l’une des meilleures leçons de vie jamais reçues, mais je viens seulement de comprendre tout ce qu’elle avait à m’apporter.

C’est une phrase que prononçait régulièrement mon prof de théâtre au Canada, Wayne Goodyer. Il répétait à ses classes « check your ego at the door », ce qui voulait dire : quand vous entrez dans cette salle, dans laquelle, en tant que groupe, nous allons travailler avec nos corps, avec nos voix, avec des rôles, vous devez laisser votre ego à la porte.

Accrochez-le à la patère, au même titre que votre écharpe, votre manteau, ces vêtements qui entravent votre liberté de mouvement.

Vous ne pourriez pas jouer pleinement le rôle que vous aurez à endosser durant cette séance si vous gardez votre doudoune et votre bonnet. C’est pareil avec l’ego : on n’est pas bon comédien quand on se drape d’ego au lieu de, justement, se mettre à nu pour mieux revêtir le rôle qu’on reçoit, quel qu’il soit.

Laissez votre ego à la porte, répétait-il.

J’ai adoré ce conseil. C’était libérateur.

« Check your ego at the door »…

Ce que je n’avais pas compris, c’est que j’aimais autant ce conseil et ce cours parce que je me sentais enfin à égalité avec tous les autres. Si tout le monde laisse son ego à la porte, alors que j’en ai pas, mes relations avec les autres me semblent enfin « naturelles ».

Tout était alors facile : je pouvais dire ce que j’avais sur le coeur, critiquer, améliorer, refuser, demander… Plus personne n’avait d’ego, et lorsque quelqu’un se parait du sien pour réfuter une requête ou faire un commentaire, ça se voyait, c’était évident. La personne était vite recadrée, et M. Goodyer répétait :

« Check your ego at the door ».

Sauf qu’à la fin de la séance, chacun récupérait son ego, en renfilant aussi son manteau, son bonnet, son écharpe et ses gants.

Moi non.

…So I never cross the threshold

J’ai passé le plus clair de mon année dans cette salle de cours, je m’y sentais si bien. J’y passais toutes mes pauses, en compagnie des autres « drama freaks ». Ceux qui savaient laisser leur ego au vestiaire, le temps de nos conversations.

Je me disais que c’était encombrant d’avoir de l’ego, je n’en avais jamais compris l’intérêt.

Je comprends, aujourd’hui, que mon manque d’ego est la raison pour laquelle j’ose si peu, dans la vie. Je ne passe pas le seuil de toutes ces portes où il faudrait laisser son ego au vestiaire pour éviter de le blesser inutilement : j’en ai pas, alors c’est moi qui vais me faire du mal si je continue.

Je me suis toujours dit que c’était cool de pas mettre d’ego dans le travail ni dans mes relations, parce que comme ça, je ne risque pas de le blesser. Mauvais calcul… Les blessures à l’ego sont hyper faciles à soigner.

L’ego sert à ça, en plus : c’est une armure, que tu revêts pour affronter la vie, faire respecter ton espace, tes limites, tes idées, tes besoins, tes envies. Et oui, parfois, ça clashe avec d’autres personnes, avec les aléas de la vie.

C’est l’ego qui prend. C’est pas grave, respire un coup, bois un verre d’eau, tape une colère ou une crise de larmes et ça ira mieux. Voilà, c’est ça un ego blessé. Même pas besoin de point de sutures.

En attendant, moi, je me balade à poil, je prends des coups dans tous les sens, j’ai des bleus de la taille d’un ballon de rugby, et quand on me demande « mais pourquoi tu m’as pas dit que ça te posait problème ? », je réponds « je voulais pas déranger ».

Voilà. Tout est dit…

Avoir de l’ego, c’est faire respecter mon droit d’exister

Avoir de l’ego, c’est avoir le droit d’exister, et se donner la légitimité de faire respecter ce droit. C’est tout, c’est déjà pas mal. Je peux commencer par là. C’est quoi la place que je veux prendre ?

Quelles sont mes envies, quels sont mes besoins, quelles sont mes limites ?

Qu’est-ce qui me fait peur, qu’est-ce qui me rend fière ?

Qu’est-ce qui me fait me lever le matin, qu’est-ce qui me donne de l’énergie, qu’est-ce qui m’en coûte et pourquoi ?

Je peux réfléchir à ces questions et en trouver les réponses, mais ça me fera une belle jambe si je ne suis pas prête à faire respecter ces réponses. Par moi-même, déjà, puis par les autres.

Je dois mettre de l’ego sur la définition de mon « non négociable ». Avoir de l’ego, c’est la base pour pouvoir être respectée. Par moi-même, pour commencer.

Who the fuck am I?

Who the fuck am I? Well, that’s the million dollar question, isn’t?

Fun fact: I’m afraid of the answer. I have this idea of the person I should be, who I want to be, who I try to be… But I’ve never really stopped and taken a good long hard look at myself to figure out whether or not I fit the part.

I know I want to be useful in this world. I don’t care the least about «becoming someone», but I do want to accomplish something. Something that I could look back on from my deathbed, and dissolve my regrets.

I also know that I don’t want to be on my deathbed to decide whether or not my time on earth has been put to good use or not. I need to have a reason to get out of bed every single damn day. It’s the curse of depression: if I don’t have a reason to wake up, then why would I?

If I don’t have a reason to live, then why live at all? It’s so exhausting. What could possibly make all of these trials worth their trouble?

That’s the million dollar question, isn’t it. Why am I so incapable of asking myself that simple question: who are you?

Why am I so incapable of hearing that question, and thinking about what the answer might be. Who am I? Not to others, but to myself. Don’t tell me you’re the funny one, you’re the leader, you’re the capable one, you’re the eldest, you’re this, and that…

It’s not «what» are you, it’s WHO are you. Not to others, not in this society, not in theory. Who are you?

Help yourself, for a change

It’s funny because the reason why I am so good at helping others, is precisely because I know «who» they are. Through their speech, their non verbal communication, their eyes, their laughs and tears, their confessions, their aspirations, I figure out what they want, what they need.

This is my secret to know just what that person might need to hear, at that precise moment. I’ve stopped doing that, though. It’s freaky when someone you barely know comes up with the exact words you needed to hear. I’m not your guardian angel nor am I your soulmate, sent from destiny. I’m just good at reading emotions.

Everyone’s emotions, except my own. I discard them, because… Well I don’t really have a good excuse for that one. I guess, because reading into my own emotions would allow me to know precisely what to tell myself, and what to do in order to improve my life, my well being.

But then if I don’t act on it, or if I don’t succeed, it’s my own fault, right?

Blessed are the ignorant, as they say. If I don’t know what’s wrong with me, I can’t fail at helping myself.

This is why I have no clue as to who I actually am, this is why I dedicate every fiber of my being towards others: not out of altruism, but out of fear.

I’m afraid

I’m afraid. This is the main emotion that’s been blocking my throat all these years.

I’m afraid of failing. Failing, failing myself, failing others.
I’m afraid of hurting. Hurting myself, hurting others.
I’m afraid of disappointing. Disappointing myself, disappointing others.
I’m afraid of being powerless.
I’m afraid of being useless.
I’m afraid of drowning: in work, in sorrows, in regrets, in fears.

I’m afraid of staying afraid forever.

Who the fuck am I, you ask? A lot braver than I give myself credit for. I know that. Deep down, I know that I am stronger than all these fears.

See? That is exactly what I needed to hear.

It’s also the truth.

I am braver, stronger, more determined and more inspired than I’ve allowed myself to be so far. My fears don’t define me. It’s time I start defining myself without them.

From this day on: I am unafraid.

pointe-saint-mathieu-2017-10-06

 

Let the wave crash so I don’t go under

Je l’ai pas vue venir. J’aurais pas pu, parce que la vague ne prévient pas. Elle arrive ensevelie, elle rebondit par le fond et s’élève soudainement. Quand je sens son ombre sur mes épaules, il est trop tard. L’écume éclate au-dessus de ma tête, et les confettis d’eau salée commencent à me battre la peau.

L’instant d’après, je me noie, sans avoir compris d’où venait le tsunami.

Il me faut des jours, des semaines, parfois des mois avant de pouvoir sortir la tête de l’eau. Mais je me suis fait une promesse: celle de ne plus laisser la vague m’ensevelir.

C’était difficile, j’aurais dit impossible avant l’été, mais depuis, j’ai gravi des montagnes et atteint des sommets. J’ai traversé le désert de mes envies taries pour retrouver la source de mes inspirations.

J’ai fini par réussir à me retourner, et surtout, à garder la tête haute et les épaules droites. Désormais, je sais regarder l’horizon devant moi sans baisser les yeux. Je sais regarder derrière moi, sans me noyer dans la brume et la nostalgie.

J’ai sué, travaillé et taillé mes muscles pour que mon dos tienne le coup. Et pour la première fois, j’ai senti la vague arriver. J’avais les pieds sur terre et les yeux ancrés devant moi. J’ai vu la surface de l’eau frémir, j’ai ressenti le volume de mes peurs et de mes angoisses revenir me faucher, à la vitesse d’un raz-de-marée.

J’ai vu la vague se lever, et pour une fois, je n’ai pas résisté. J’ai laissé le mur s’abattre sur moi, et m’écraser sous lui.

C’est que de l’eau.

Ce ne sont que quelques minutes à expirer, en attendant que la vague se retire.

C’était beaucoup plus rapide, au final, que de passer des jours, des semaines ou des mois à courir devant la vague. À espérer qu’elle s’écrase derrière moi. À me convaincre que j’avais les épaules assez solides pour résister à son poids. Mais une marée de cette ampleur a la force d’un troupeau de bisons au galop. Bien sûr qu’elle me ratisse à chaque fois.

Pour une fois, je n’ai pas résisté.

Cette fois, j’ai accepté. Accepté que je n’étais ni assez puissante, ni assez stable pour battre un raz-de-marée. J’ai laissé la vague s’écraser, je l’ai laissée me noyer quelques instants dans la tristesse, la colère et les regrets, juste assez pour expirer toute la rage que mon impuissance m’insufflait.

Juste assez pour que le sel brûle les plaies.

J’ai encore le goût du sel sur mes lèvres gercées, encore la douleur aiguë de ses brûlures sur mes paupières épuisées, encore sa trace séchée sur mes joues.

Mais l’eau se retire. Car la vague est passée. Et pour une fois, elle ne m’entraîne pas avec elle vers les profondeurs d’où je ne savais pas me sortir. Pour une fois, je ne vais pas me noyer dans les abysses, asphyxiée, écrasée par l’obscurité.

Pour une fois, la patience et la persévérance m’ont fait tenir debout, m’ont fait relever lorsque je suis tombée à genoux.

Pour une fois, je sors la tête de l’eau… juste en levant les yeux.

Devant moi, un autre jour, à l’horizon.

Et dans les couleurs de l’aube, le reflet d’une victoire: la rupture tient.

Break the window

In case of emergency, read this again.

It’s going to be alright.

It’s not the first time you’ve felt this way, and you’ve always come out as a better, stronger version of yourself. Although it may feel worse this time. It always does, but it never really is. It’s the lack of perspective that makes it feel so much worse. So this is perspective.

Read this. Until you can read it without crying.

Never has emptiness ever felt so heavy. It feels empty, so you feel the need to fill it up. Food, booze, noise, anything. But that’s where you are wrong. It’s the weight of your worries, your fears, unshed tears, bottled up conflicts and untold feelings that is dragging you down. It doesn’t need filling.

It needs to be released.

But somehow you can’t get this all out. Like you’re trapped behind some heavy glass.

So for the next time you get stuck in there, here’s how to break the window. Follow the emergency exit path…

Walk.

Walk. You can always walk. Walking is just putting one foot in front of the other, and that is something you’ll always know how to do.

First, you walk inside. Then, you go outside. Don’t go anywhere in particular, just walk. It will remind you that you don’t have to know where you’re going to start walking again. It’s just one step at the time.

Cry.

Cry as much as you need. Don’t feel ashamed, don’t feel weakened nor diminished because you need to cry a lot for no reason. It’s a good sign. It’s just the pressure oozing you.

Go to the movies.

You feel like you need to immerge yourself in fantasy, to avoid facing your present reality, and that’s ok, for a while. Do it, but do it properly. Go the a movie theatre, actually surround yourself with the story. Commit to it. No phone. No pause. No outside foods. No trying to do something else at the same time.

This way you still get to escape your mind, but you don’t go locking yourself away in a Netflix loop.

Read.

Read. It’s the next step out, right? It’s still an escape, but it’s one you can aim for without leaving your couch.

You still don’t have to do anything, just pick up a book. It’s an active way of getting out. There’s always something to read. When you’re tired of reading, you’ll either need to sleep of actually do something. Either way, it’s productive.

Meditate.

I know that by the time you’ll be reading this, that step will feel way to high to attempt. That’s ok. In your own time.

Meditation will help you get rid of the negative feelings packed up inside. Everything crying and walking can’t get out.

Breathing, freeflow thinking will help release all that internal pressure weighing you down. You know, that treacherous feeling of emptiness, which is actually more like drowning in your sorrows.

Get out of there.

Something probably needs to change in your life, but you’ve got zero chance of figuring that out while you’re drowning in your everyday routine.

Book a flight, book a trip, even 2-3 days out will do the trick, but you will benefit from a change of scenery.

If you’ve started meditating again, pack your running shoes. Your next step towards recovery will start with a healthy run.

General advices

Don’t waste time or energy trying to understand why you’ve fallen of the wagon this time. What triggered it. Why. This is the treachery of depression: there may not be a why. There may not be a reason. The longer you try to understand, convinced that all you need to get better is to figure out the source of this pain, the longer your recovery will take.

Don’t blame yourself. You’ve done nothing wrong. You couldn’t have done anything differently. It just is.

Sleep. It can’t hurt. Better sleep than binge watch irrelevant shows until your eyes dry out.

Eat fresh fruits. Generally, fresh foods. I swear it’ll help.

Seek help. It’s not a sign of weakness, it’s a show of strength. It already means that you will power’s back. Nurture that spark, and follow your own advice.

Your drive will come back, in the form of a spark. The kind that a broken lighter makes, when you try it on. Catch that spark. It might take you several tries to get the fire started again, but that’s ok. Be patient.

Spot the signs

You never wanted to write such a list, because you don’t want to risk writing down a self-fulfilling prophecy. If these are the signs, then every time I feel one or the other, I may start experiencing the rest, and self-drown myself in depression.

You’re not like that.

You’re the kind of person who convince themselves everything’s fine, it’s just a cold, when you should have gone to the doctor a week ago. You know the symptoms to these diseases, yet every time you feel them, you discard them entirely. Can’t be sick if I don’t feel sick.

But you’ve since learned to take some symptoms seriously, only to avoid worse conditions.

The same goes for that list. It’s not a sentence. It’s a reminder that there are early exits out of that slope.

And you can’t take them if you don’t even know that you’re spiraling down.

In case of emergency, break the window…

  • …If noise feels unbearable even in mildly/low levels around you.
  • …If you stop enjoying other people’s company, if they dry out your energy.
  • …If sleeping 9 hours still leaves you exhausted.
  • …If drinking becomes a frequent necessity instead of a sporadic enjoyment.

…If you start lying «Yes I’m fine» when your closest friends ask you «how are you?»

Here’s the answer you actually meant to say. Learn this line for the next time:

I’m not fine at the moment. I’m going through a rough patch, for no particular reason. It happens. And I’m going to be ok. I just need some time, but it’ll pass. I know that in the end, I’m going to be fine. 

Again. I’m going to be fine again.

Le goût de l’effort (dans le dur)

Je ne me souviens plus si j’ai déjà écrit sur le sujet. J’avais oublié, pour la confiance. Ça m’est revenu cette semaine, en décantant les obstacles et les difficultés qui s’entrechoquaient dans mon esprit, engluées par le doute : la confiance est un muscle qui se travailleJe m’en suis souvenu.

Ça se pratique. Le doute s’amenuise, comme les courbatures se raréfient. Mais ça prend du temps, et beaucoup d’énergie.

Ça se travaille. Mais j’avais aussi oublié : ce travail n’est pas qu’un processus, il est aussi une fin en soi. J’aime ce travail, cette épreuve permanente, par laquelle je progresse, et donc, je m’accomplis.

Comment l’expliquer ? C’est tellement paradoxal. En chier pour kiffer, c’est comme souffrir pour être belle : on dirait un oxymore, une relation décorrelée. Un déséquilibre. Mais toute la différence se fait dans le choix d’être là, et celui d’avancer. Choisir ou subir, c’est toujours ça la différence essentielle, au fond, pour moi.

Je choisis d’être là. Pas au passé, mais au présent, chaque jour : je choisis d’être là. Je choisis de continuer à avancer, comme ça. Et c’est long, et c’est dur, et c’est parfois frustrant, et parfois gratifiant, mais c’est toujours éphémère, pratiquement instantané.

J’investis pour réussir. La mise de départ, c’est beaucoup de confiance et d’énergie, que je relance à tous les coups, parce que j’y crois comme j’ai jamais cru à rien avant ça, parce que je veux réussir plus que j’ai jamais voulu réussir quoi que ce soit avant ça. Parce que le jeu en vaut la chandelle, comme aucun autre avant celui-là.

Je dis que j’investis, parce que je n’attends pas de retour immédiat. C’est pas “action-récompense”, c’est une succession d’actions qui finira par déboucher sur un progrès. C’est pas des paris que je fais, c’est des briques que je pose. Il faut attendre que le ciment prenne. C’est long. C’est lent. Je suis dans le dur.

Mais j’ai retrouvé le goût de l’effort. La satisfaction d’en chier. La sensation que tes actions font bouger les lignes, mais très sensiblement. Comme un frémissement. C’est la conscience du battement d’aile d’un effet papillon. Je sème des graines. Et je bosse.

Le goût de l’effort, c’est le kiffe né dans la douleur. C’est le dernier kilomètre de la course qu’on finit au mental, quand les muscles hurlent mais que la tête prend le relai. Et qu’à l’arrivée, toute la souffrance est déjà oubliée.

C’est la satisfaction d’essayer et de persévérer, de continuer, de garder les yeux sur l’objectif même si ça prendra du temps et demandera beaucoup d’efforts, d’y arriver.

Ça y est, je me suis souvenue que j’aimais suer à grosses gouttes, avoir le souffle haletant et les mollets en feu. J’aime les courbatures qui te font dire à la fois « plus jamais ça » et « j’y retourne quand », pratiquement dans la même pensée. J’en peux plus et j’en redemande. Tout le temps.

Ouais. J’ai oublié de kiffer. J’ai le goût de l’effort au point d’oublier d’en profiter. J’aime suer jusqu’à m’en aveugler, m’essouffler jusqu’à l’épuisement, tirer sur la corde jusqu’à ce qu’elle se tende et menace de lâcher. C’est ça, mon kiffe. Repousser mes limites.

J’en fais toujours plus parce que j’en sors toujours grandie. J’essaie plus que les autres pour réussir mieux qu’eux. Je m’obstine et je persévère pour me rendre fière. Je suis perfectionniste parce que le diable est dans les détails et que je brûlerais l’enfer pour atteindre le paradis.

J’ai le goût de l’effort jusqu’à m’en épuiser. Et c’est ça mon addiction, c’est ça mon kiffe. Je l’avais juste oublié.

C’est pas la traversé du désert, ni même l’ascension de l’Everest. C’est un marathon, et je suis entrée dans le dur. C’est normal que ça tire, que ça fasse mal dans les jambes, que le mental flanche, et que j’en ai des nausées. Mais c’est ça qui est intéressant, pour moi. C’est l’épreuve qu’il représente, ce marathon, ce sont les haies que je dois sauter, la distance à tenir et les intempéries qui viennent tout compliquer.

Je me ferais vraiment chier à moins de ça. Et même dans le dur, j’ai qu’une seule envie : libérer ma foulée. Si j’avais pu courir le marathon au rythme d’un sprint, je l’aurais fait.

Alors, pour tenir l’effort, j’ai voulu ralentir, mais ça me rend folle de frustration, en fait. Et c’est pas ça le problème, au fond. J’ai pas besoin d’être patiente, j’ai juste besoin de me rappeler du goût de l’effort. Et pourquoi j’y suis autant accro.

J’ai juste oublié de kiffer ce pourquoi j’investis tant : la satisfaction d’avancer. Pas toute seule : en équipe, tou•tes ensemble, moi et tout•es celles dont la vie est touchée par les mots qu’on répand.

Le goût de l’effort, c’est ce qui me fait kiffer, même en plein dans le dur. Surtout quand le pire est déjà passé, et que l’avenir nous gave de promesses plus hautes que l’Everest.

« Do or do not. There is not try ».

Yoda a tellement raison. J’ai pas le time pour les hésitations. J’ai trop d’énergie, trop de volonté, trop de motivation pour les coups d’essai.

Je prends des risques parce que je ne supporte pas les regrets. J’avais juste oublié que j’avais le droit à l’erreur… et donc le droit de kiffer les réussites, même si elles sont triviales.

C’est ça, le goût de l’effort. Le kiffe à chaque pas qu’on prend, de ceux qui s’enchaînent à ceux qu’on s’arrache. Plus c’est dur, plus je kiffe. Pour le challenge, et même dans le dur : c’est là que ça devient intéressant.

Le goût de l’effort, c’est apprécier le chemin, pas la destination. L’histoire de la vie, au fond. Sauf qu’on va plus vite pour aller plus loin. Qu’on se donne plus, parce qu’on en a les moyens. Et que je vais crever si je me mets au pas, au diapason des autres qui avancent trop lentement dans leurs vies sécurisées… quand j’affronte la mienne à pic, que j’escalade en tête la piste de mes projets.

Je suis dans le dur. Et à moins de ça, je me ferais chier à en crever.