Walk the walk, drop the talks

Je ne sais plus plonger.

Ça, c’est la version négative de mon discours intérieur.

« Quelle boloss, tu sais plus plonger, haha. »

C’est faux, bien sûr. Je suis en train de ré-apprendre à plonger : nuance.

J’ai passé 5 semaines en Indonésie en juillet-août 2016, pendant lesquelles j’ai plongé quasiment tous les jours, deux à trois fois par jour. J’ai fait des profondes à la recherche des requins de récif, des dérivantes plein courant qui se finissent dans le bleu, accrochée à mon parachute. J’ai fait des dizaines et des dizaines d’explo tranquilles, pépères, dans des eaux chaudes, où le froid ne se faisait sentir qu’au bout des orteils, passé une heure d’immersion.

Bad habits die hard… 

Je plongeais bien. J’étais surlestée, parce que j’étais une dive master en formation, c’est-à-dire une guide de plongée, et qu’il me fallait un plomb supplémentaire au cas où un client se trouvait trop léger pendant l’exploration.

Je m’immergeais sans effort, juste en purgeant mon gilet, et plouf je coule. Je me tenais au palier sans effort, juste en vidant mon gilet, et plouf je me maintiens sans lutter. Je déployais le parachute pendant qu’on dérivait doucement le long des tombants, sans vraiment me stabiliser, sans vraiment faire attention à ma posture, sans avoir besoin de prêter attention à ces détails : je prenais appui contre le courant et ça me suffisait.

J’étais devenue une plongeuse d’habitude, un peu fainéante, pas très soignée, très brouillonne même. Une plongeuse aux automatismes pas si bien huilés, au final, parce que ces rouages ont salement rouillé.

…And they’ll take you down with them

Ces petits défauts étaient sans conséquences dans ces plongées de loisir, dans une mer chaude et calme. Ils m’handicapent lourdement dans ma formation de plongeuse niveau 3, ici, à Niolon.

Je ne sais plus m’immerger, parce qu’il y a des lustres que je ne l’ai plus fait avec un lestage correct, dans une eau froide qui te fait aspirer l’air à grandes lampées.

Je ne sais plus me stabiliser à différentes profondeurs, moi qui avais pris l’habitude de me caler sur les courants, de me stabiliser dans le mouvement, et de m’accrocher aux récifs lorsque je dois rester vraiment immobile.

Je ne sais plus faire une remontée verticale dans le bleu, au volume du gilet et des poumons, moi qui ai passé des dizaines d’explo à remonter progressivement le long d’un tombant. Décoller de 30 mètres et taper 6 mètres à l’arrêt ? Je ne sais plus faire. Et l’espace d’un errement, je me suis demandé si j’avais jamais su le faire.

Apprends à marcher quand tu trébuches

Je suis arrivée à Niolon avec la confiance d’une plongeuse expérimentée, et il m’aura fallu une semaine et un essoufflement pour retrouver l’humilité de celle qui apprend.

Au début, ça secoue : je m’énerve intérieurement, je me décourage, je flippe aussi, de ne pas réussir à réaliser des exercices censés être des acquis. Sauf que je ne plonge pas comme ça, d’habitude. Et les habitudes ont la vie dure, surtout les mauvaises.

Au début, tu luttes : non mais ça va revenir. Non mais OK, mais ça, je savais le faire, c’est juste que ça fait longtemps. Non mais ça c’est parce que ce matos est nouveau pour moi, ça va me demander un temps d’adaptation. Non mais. Non mais. Non mais.

Mais au fur et à mesure, tu descends de tes grands chevaux, et tu changes de perspective, parce que celle-ci ne t’offre que frustration et découragement.

Et tu acceptes que pour être solide sur tes appuis, il te faut réapprendre à poser le pied par terre.

One step at a time

Tout ce qui était simple, acquis, stable et que tu ne maîtrises plus, c’est comme si tu avais laissé de mauvaises habitudes prendre racine sur ce champ de compétences que tu as laissé en jachère ces dernières années.

« Cela est bien » écrivait Voltaire, « mais il faut cultiver notre jardin ». Et ça me fait un bien fou de mettre le nez dans ce bordel, me rendre compte que mes bases sont toujours là, que l’essentiel est toujours là, mais que l’exécution pêche par manque de pratique appliquée, et de bonnes habitudes.

Quit talking, start doing

Je suis en train de ré-apprendre à plonger. Passé la claque, tu remercies celui qui te l’a mise, parce qu’elle t’a réveillée.

Faudrait voir à pas oublier que quand tu trébuches en plongée, tu risques la noyade. Alors oui, ça vaut vraiment le coup de ré-apprendre à marcher.

Et au lieu de m’insulter intérieurement, de me traiter de tous les noms parce que je suis infoutue de me stabiliser proprement à 6 mètres et d’effectuer un lâcher de parachute digne de mon niveau, je vais plutôt adopter une attitude humble devant la difficulté, encourageante devant mes progrès, ambitieuse devant mes succès.

Walk the walk and drop the talks : j’ai fini de me persuader que je suis une bonne plongeuse, et je recommence à apprendre à être une bonne plongeuse.

2 réflexions sur “Walk the walk, drop the talks

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